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Entre Autres
Affiche Entre Autres  
extraits de presse  
     
  Le Figaro  
 
Jean Rochefort feuillette son passé

Le comédien rend hommage aux auteurs qui l'accompagnent depuis l'enfance dans «Entre autres» à la Madeleine.
Avec le sourire.

Des films, une petite centaine, ont imposé la moustache séduisante et l'humour pince-sans-rire de Jean Rochefort, à l'aise sous la casquette d'officier (Le Crabe-Tambour), à cheval (Cartouche), en costume d'époque (Angélique marquise des Anges)... On n'en finirait pas de dérouler la carrière d'un acteur qui a fait ses premières armes au théâtre, ne l'oublions pas.

Il crée La Collection, l'Amant de Pinter, La prochaine fois je vous le chanterai de James Saunders, Un jour dans la mort de Joe Egg de Peter Nichols...

De cette époque, il se souvient avec le sourire et remet les pendules à l'heure.
«Roger Blin, le premier, a mis en scène Pinter avec Le Gardien. Claude Régy est venu par la suite. Je dois tout à Delphine (Seyrig). «Lisez ça Jeannot» m'a-t-elle dit en me donnant le manuscrit de La collection. Voilà comment tout a commencé.
Par la suite Claude Régy m'a lu Rosencratz et Guildenstern sont morts.
J'y ai vu de l'humour. Ce n'était pas l'avis de Claude Régy. La semaine suivante, j'acceptais un film au Brésil. J'ai fui le théâtre quand j'ai senti approcher la tyrannie des metteurs en scène.»
Le théâtre est pour lui fils de la littérature et de l'art forain.Un subtil mariage qui l'autorise, dans les années 1980, à plonger avec Alfredo Arias à Aubervilliers puis à jouer avec Jean-Louis Trintignant et Pierre Vaneck dans Art de Yasmina Reza, et plus récemment, après Fernand Raynaud, à s'afficher dans Heureux ?
Il y faisait rencontrer l'humoriste et Erik Satie, un jeu comme l'aime Jean Rochefort, jamais aussi à l'aise que dans l'insolite.

Une foule d'anecdotes
Il récidive avec «Entre autres». Un titre comme les affectionne le comédien, simple et qui dit bien ce qu'il veut dire. Il va réciter des textes de nombreux auteurs,
entre autres Pinter, Molière, Verlaine et Primo Levi... Pour l'occasion il fait tandem avec l'accordéoniste Lionel Suarez. «C'est un superbe musicien qui éloigne l'accordéon du musette et du flonflon. Il a accompagné Nougaro et Lavilliers par exemple.»

De sa voix reconnaissable entre toutes, il dira ses textes qui l'ont façonné, nous faisant partager sa passion des mots, des histoires, décrivant l'homme sous toutes ses coutures, lucide et amusé. Ici et là un poème, Verlaine sans doute, une chanson, un mime même. En prime, une foule d'anecdotes.
Rochefort conteur, on en salive d'avance. On se souvient de ces commentaires
sur les épreuves d'équitation aux Jeux Olympiques d'Athènes. Il a le sens des formules, la rosserie jubilatoire et ce goût de la dérision qui nous attache à ce comédien où la cocasserie le dispute à la finesse.

De son amour du théâtre, il retiendra un extrait du Misanthrope. «J'ai le regret de ne pas avoir joué la pièce au théâtre. Je l'ai quand même interprétée sous la direction de Pierre Dux pour la télévision.»
De ses années Pinter, il tirera une tirade de La Collection, et de ses passages fréquents d'un plateau de cinéma à un plateau de théâtre, il filera des souvenirs
sur Michel Audiard, Michel Serrault, Aragon, Edwige Feuillère...

Des oublis ? Boris Vian, qu'il a bien connu mais Jean Rochefort reconnaît que le projet s'est accéléré dans le courant du mois de septembre suite à la défection du précédent spectacle et qu'il a paré au plus pressé, oubliant ici et là des auteurs qui lui sont chers.

Ce spectacle, c'est sa façon de se raconter, par des chemins littéraires, en faisant l'école buissonnière par moments, grappillant ici et là un texte de Boby Lapointe ou un sketch de Jean Yanne au milieu des belles pages qui ont fait la gloire de la littérature.

Marion Thébaud - LE FIGARO