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  Extraits de presse
  Fiche technique
Good Canary
Good Canary  
extraits de presse  
     
  L'Express  
 
Tout est réussi dans cette histoire de camée écrivain dont le mari est à la fois
le prête-nom et l'ange gardien. Le texte de Zach Helm est dense et sobre.
La scénographie (un savant jeu d'écrans mobiles) et la musique créent ambiance
et tension.
John Malkovich a griffé une mise en scène ambitieuse et subtile. Les acteurs sont parfaitement accordés, à commencer par Cristiana Reali et Vincent Elbaz.
Elle, flamboyante dans «La chatte sur un toit brûlant» et bouleversante dans «Reste avec moi ce soir» déploie ici une grande force dans la souffrance et la descente aux enfers.
Lui, époustouflant Dali dans «Hysteria», déjà mis en scène par John Malkovich,
est d'une précieuse justesse en son jeu retenu. Elbaz-Reali, duo majeur de la scène parisienne, cet automne.

Christophe Barbier - L'EXPRESS


 
     
     
  Le Canard Enchaîné  
 


Plus tordu que ces deux-là, on n'imagine pas. Elle, Annie, belle, jeune, imprévue, fascinante : Cristiana Reali grandeur nature. Mais shootée aux amphétamines.
Plutôt le genre piquée. Lui, Jacques (Vincent Elbaz) élégant, racé, vif, fou d'amour pour elle, on le comprend. A petits mots, sans la blesser, il tente de lui faire comprendre qu'elle doit s'arrêter de prendre de la poudre. Cela la rend anorexique.
A d'autres moments, nous la surprenons enragée de propreté, à force de speed. D'autres fois encore, c'est une harpie qui ne supporte plus personne. Et lui n'intervient jamais, comme s'il y avait un pacte secret entre eux qui lui donne cette patience d'ange gardien.

Par exemple après la parution d'une critique dithyrambique sur son dernier roman, et malgré les supplications du vieux copain Charles, éditeur de pornos faute de mieux, Jacques laisse Annie l'accompagner à la réception donnée en son honneur par le grand publisher Stuart. Qui se déclare, devant l'évidence de son miraculeux talent, prêt à lui faire un pont d'or.
Mais Jacques a eu bien tort. Elle détruit la soirée à force de scandales.

Dès que le rideau s'est levé, on a été saisi, estomaqué, ébloui, envoûté, cloué sur son fauteuil par la magie des décors inventés par le sorcier John Malkovich, réalisé par Pierre-François Limbosch, dans les lumières inouïes de Christophe Grelié.
Des rétroprojections, on a déjà vu sur différentes scènes : cette manière de dissimuler derrière un décor plus ou moins opaque des caméras capables de nous lancer des images dont nous, spectateurs, ne percevons pas la source. Mais ces six cubes lumineux entassés deux par deux, ruisselant de graffitis, de traces de présence humaine, de souvenirs d'autoroutes urbaines, d'illusions d'habitants, sont à couper le souffle. Ils sont débordés jusqu'aux mystères des coulisses par d'autres projections lumineuses, chacune autonome de l'autre et mobile pourtant, où palpitent les fossiles d'une vie qui aurait eu lieu : car tout est vide.
Et nos héros, là devant, errent, palabrent, tentent d'aimer, d'exister, dans un univers parcouru par les seules apparitions des accessoires qui leur sont indispensables : les chaises d'un bistro, un divan, un lit d'hôpital, les canapés d'un salon, une malle avec ses secrets.
Ils naviguent sur le plateau jusqu'à leur point de rendez-vous. Sur tout cela veille
New York qui ne dort jamais, prête à liquider le plus vulnérable.

Dans cet enchantement s'affrontent avec un acharnement rigoureux des personnages mus par un destin implacable, Jeff le leader désinvolte qui aimerait avoir le loisir d'aimer, l'épais Mulholland à la maladresse guidée par un égoïsme proéminent. Stuart, l'éditeur chic qui ne va pas lire par dessus le marché : il n'a pas assez de ses yeux pour surveiller sa Barbie siliconée, celle justement qu'Annie commence par dégonfler.
Mais pourquoi Jacques se montre-t-il aussi mal à l'aise à mesure qu'on le félicite
pour son œuvre si crue, si personnelles, si troublante ? Quelle relation fusionnelle entretient-il avec Annie à jamais anéantie pour avoir été violée à l'âge de 9 ans ?
La musique même se fait complice du piège où elle se débat. Quand on ne les met pas en cage, les canaris peuvent s'envoler.
Voilà du Grand Magic Malkovich.

Bernard Thomas - LE CANARD ENCHAÎNÉ