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24 heures de la vie d'une femme
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  LE FIGARO MAGAZINE  
 


La foudre de la passion

Qui ne connaît Vingt-quatre heures de la vie d'une femme, le roman qu'écrivit Stefan Zweig en 1934, et dont Gorki disait qu'il n'avait rien lu de plus profond ? A ceux qui gardent de ce livre un souvenir bouleversant, on ne saurait trop recommander d'aller entendre et voir Catherine Rich l'animer au Petit Montparnasse. L'animer : lui donner vie, corps et âme. C'est un moment de pure émotion. Marion Bierry met en scène avec une remarquable délicatesse, dans un décor discret de Nathalie Holt, le texte de Zweig, auquel la voix humaine apporte une tendre et douloureuse résonance.

Cette confession amoureuse est, il est vrai, de nature très théâtrale : elle rend compte en effet d'une passion brûlante, dans un espace de temps très bref, les ressorts en sont tragiques, le dénouement davantage encore, les rebondissements inattendus. Et elle révèle une héroïne admirable dont l'auteur sonde le c½ur avec une rare subtilité. Quel bel écrivain ! Zweig parvient, à partir d'un argument qui pourtant sent son époque, à pénétrer le mystère des puissances auxquelles l'âme humaine peut se livrer. Comment, par quel miracle, une intention généreuse, un sentiment amoureux maternel peuvent-ils, de manière foudroyante, se transformer en une passion tumultueuse, en une rage effrénée, comment des années entières de forces non utilisées peuvent-elles soudainement se précipiter, exploser, « rouler dans les profondeurs d'une poitrine humaine » ? Ce questionnement, le théâtre l'a toujours rendu familier, et Zweig ne l'a pas inventé. Mais, héritier de la Vienne des années 1900 et du freudisme, il apporte à sa résolution son génie propre, comme s'il avait su percer le secret du sentiment féminin.

Catherine Rich met au service de ce texte d'une grande et douce violence, sombre et lumineux à la fois, son étrange personnalité. Etrange. Oui, en ce que cette belle actrice n'a pas d'âge. Censée jouer une dame de 67 ans qui raconte une aventure qui lui est advenue à 42 ans, elle défie le temps avec une élégance de jeune fille. Son partenaire - Robert Bouvier - la décrit ainsi en l'entendant se confesser : « Elle était là comme une jeune fille, pudiquement troublée par le souvenir et rendue honteuse par son propre amour. » Ainsi est exactement Catherine Rich, comme Zweig la voit. Légère, profonde, attendrissante, malicieuse, grave, en nostalgie et en sagesse. « Vieillir, c'est n'avoir plus peur de son passé », dit Zweig par sa bouche...

Philippe Tesson - 09/01/2009 - LE FIGARO MAGAZINE