Retour à la pièce
  Extraits de presse
  Fiche technique
Baby Doll
Beyrouth72008/FichesTechniques/GedMarlonSolo.htm  
extraits de presse  
     
  LE FIGARO  
 


«Baby Doll» ou l'accomplissement de Mélanie Thierry

Benoît Lavigne dirige avec tact des comédiens ultrasensibles dans l'excellente version de Pierre Laville.

Le décor de Laurence Bruley, qui signe également les costumes, condense d'une manière spectaculaire ce que nous raconte cette version pour la scène de Baby Doll, que l'on connaît en France par le film d'Elia Kazan. Avant d'écrire le scénario, Tennessee Williams, qui tenait profondément à cette histoire, avait composé deux pièces brèves, puis avait tenté, en 1978, avec Tiger Tail, de transcrire le film au théâtre. Cela ne marcha pas.

Ici, tout fonctionne, et l'on ne pense plus au chef-d'½uvre cinématographique illuminé par Carroll Baker en 1956. On est happé. Par cette maison de guingois, plantée là, déglinguée comme la vieille Chevrolet qui croupit dans le jardin desséché. Là-haut, dans son lit d'enfant, est recroquevillée Baby Doll (Mélanie Thierry). Elle aura 20 ans le surlendemain. Son mari, Archie Lee (Chick Ortega), grande masse de chair, c½ur simple jusqu'à la brutalité, a conclu un pacte avec la toute jeune femme, que son père lui a confiée. Elle n'est pas « prête », mais le jour de ses 20 ans, le mariage sera consommé.

Crise et violence

La tragédie est en place sur fond de crise et de violence. Archie met le feu aux hangars d'un de ses jeunes voisins, concurrent dans le traitement du coton. Ce «rital», ainsi qu'on l'appelle, de Silva Vacarro (Xavier Gallais) traîne chez les Meighan, désireux de vérifier ses soupçons... Il trouble la jeune Baby Doll (Mélanie Thierry) tandis que rôde, malheureux, le vieil ouvrier noir (si doux Théo Légitimus) et que tante Rose s'évapore (merveilleuse Monique Chaumette).
Tout se joue entre les trois protagonistes. Xavier Gallais impose la nervosité inquiétante de Silva, une envie d'en découdre plus forte que tout. Il est comme toujours remarquable. Chick Ortega est magnifique dans le rôle ingrat et difficile d'Archie. Il a la maladresse d'un homme qui est un peu un « analphabète des sentiments ». Mais, guidé par un metteur en scène subtil, il n'accable pas le personnage.
Le spectacle ne serait aussi convaincant et émouvant sans la présence lumineuse et pure de Mélanie Thierry. On connaissait ses dons pour le jeu depuis Le Vieux Juif blonde, d'Amanda Sthers. Ici, sa beauté de tanagra, l'enfance qui palpite en elle, sa sensualité frémissante, sa voix, sa manière de bouger, son audace, tout nous dit l'espérance brisée de la jeune femme. Exceptionnel.

Armelle Héliot - LE FIGARO


 
     
     
  LE FIGARO MAGAZINE  
 

Disons sans attendre qu'on vient de connaître un plaisir sans partage. Ce Baby Doll fait honneur au théâtre privé. Hommage, d'abord, à Pierre Laville. Il s'attaquait à une tâche difficile. Faire d'un scénario de cinéma et de quelques bribes théâtrales de la main de Tennessee Williams un authentique texte dramatique, réduire à cinq personnages la distribution du film et à un seul décor un espace sans trop resserrer ni étouffer l'½uvre, maintenir le rythme, l'énergie de celle-ci, éviter la tentation discursive, tout cela n'était pas une mince affaire. Le résultat est éloquent. Curieusement, le film reste présent dans la pièce. Laville réussit une synthèse de l'écriture cinématographique et de l'écriture théâtrale, une synthèse du mouvement respectif propre à l'un et l'autre genre.

Autre renvoi au cinéma : on est frappé par la présence, par la force que prend l'image dans ce spectacle. Ce mérite revient à Benoît Lavigne. Sa mise en scène est extrêmement visuelle, réaliste et juste, ce qui n'enlève rien à sa liberté. Il s'appuie sur un décor excellent, lui aussi très imagé, de Laurence Bruley. Une architecture de bois verticale, faite pour la poursuite. Il y a dans tout cela une grande unité
«physique».

On n'épiloguera pas sur les thèmes qui parcourent l'½uvre. Ils appartiennent à l'univers familier de Tennessee Williams. Qui n'a pas vu le superbe film d'Elia Kazan ? Baby Doll les résume avec une force particulière. Non pas que la situation que pose la pièce soit plus dramatique qu'habituellement chez Williams. Les ressorts ont toujours la même violence : la solitude, le désir, son inassouvissement, son refoulement. Mais les personnages ont ici plus d'ambiguïté qu'ailleurs. C'est vrai de Vaccaro, partagé entre sa pulsion et ses intérêts. C'est vrai surtout de Baby Doll, l'enfant qui sous nos yeux se fait femme, arrache ses lambeaux d'innocence, naît à la conscience de ce dont elle avait le pressentiment. C'est ce déchirement qui fait sa beauté douloureuse.

Ce rôle magnifique trouve avec Mélanie Thierry une incarnation éblouissante. La grâce physique, la pureté, le talent de cette jeune comédienne sont profondément émouvants. Elle passe du rire aux larmes, du désir à la peur, de la fragilité à la résolution avec un naturel et une intelligence qui forcent l'admiration et l'attendrissement. Auprès d'elle, et dans tous les registres, la séduction, la brutalité, le désir, la vengeance, Xavier Gallais joue avec une élégance et une maîtrise remarquables.

Une poésie sensuelle, faite de fraîcheur et de mélancolie, inonde ce spectacle exceptionnel.

Philippe TESSON - LE FIGARO MAGAZINE