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Fin de Partie
Affiche Fin de Partie  
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  Le Figaro  
 
Charles Berling et la bouleversante humanité de Beckett
Par Armelle Héliot le 1 octobre 2008

Il pourrait tourner des films, faire le joli-coeur dans des comédies faciles, mais ce serait oublier à quel point la relation de Charles Berling au théâtre est ancienne, profonde, fondatrice.
A l'Atelier, il signe avec l'active collaboration de Christiane Cohendy la mise en scène de l'une des pièces les plus âpres de Samuel Beckett, Fin de partie et joue le rôle de Clov. Il a réuni une distribution très forte : Dominique Pinon dans le rôle de Hamm, Dominique Marcas et Gilles Segal dans ceux des vieux reclus dans leurs poubelles, Nell et Nagg.

Ici, si on est d'une fidélité scrupuleuse à Samuel Beckett, on fait d'autant plus palpiter la vie comme l'exige le sens profond du texte. La pièce a été créée en 1957, c'est l'une des plus souvent représentée. Un homme ligoté dans un fauteuil par une infirmité, regard mort derrière des lunettes noires, souverain tyrannique d'une maisonnée isolée au bout du monde et à la fin du monde...C'est Hamm. Serviteur perclus de fatigue, dos cassé par le labeur et les gestes mille fois répétés, le seul à se déplacer dans cet univers d'êtres figés par la douleur physique et l'approche de la mort qui les pétrifie peu à peu, c'est Clov. Et puis les géniteurs, le père et la mère du roi sans grand divertissement du lieu. Dans des poubelles donc, couvercle souvent refermé. Elle apparaît un peu. Lui un peu plus. Il faut être très sensible et musical pour tenir ces partitions et Dominique Marcas, visage nu à la belle structure, regard sans défense, le fait très bien. Gilles Segal, qui possède la densité de l'écrivain qu'il est aussi, est remarquable qui n'est jamais dans l'image mais toujours dans la plus profonde humanité.

On le sait, Samuel Beckett tenait beaucoup aux didascalies et ses indications de décor sont faites pour être suivies. Christian Fenouillat ne cherche pas à transformer l'espace.
Mais les proportions, les matières, les couleurs comme les lumières de Marie Nicolas, donnent quelque chose de réaliste et de fantastique en même temps, quelque chose de terriblement austère, pauvre et pourtant doux. On est dans la réalité la plus prosaïque et dans un ailleurs absolu. C'est très fort d'imposer cela, immédiatement, sans rien surligner.

L'interprétation se développe selon le même principe. Tout est saisi, tout devient saisissant et nous touche, mais rien n'est commenté, expliqué. Ici, il y a une confiance totale faite au texte, mais aussi, subtil et invisible, un éclaircissement de chaque mot, chaque geste, chaque action. Christiane Cohendy (qui joue magnifiquement la mère dans Equus à Marigny) et Charles Berling ont travaillé Fin de partie comme un matériau musical. Et c'est ainsi que le jouent, fascinants, terribles, Dominique Pinon, menaçant et déchirant à la fois, Charles Berling, soumis et inquiétant pourtant. Humains soulevés de rires et l'on rit beaucoup...


LE FIGARO