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  Fiche technique
L'Amante Anglaise
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  LE FIGARO  
 


Une «Amante anglaise» fidèle à Duras

Ludmila Mikaël, Ariel Garcia-Valdès, André Wilms apportent une vitalité puissante à l'½uvre de Marguerite Duras.

C'est devant le rideau de fer du Théâtre de la Madeleine que se joue L'Amante anglaise. C'est ainsi que l'avait souhaité Marguerite Duras lorsqu'elle mit au point en 1968 cette version pour le théâtre d'une histoire qui avait connu bien des métamorphoses.
Au commencement, un article de Jean-Marc Théolleyre, chroniqueur judiciaire du Monde. On est en décembre 1949. Le procès d'Amélie Rabilloux a lieu devant les assises de Versailles. Elle a tué son mari, a dépecé le cadavre et en a dispersé les morceaux dans les égouts et les terrains vagues de Savigny-sur-Orge. Elle cherche désespérément le pourquoi de son geste.

C'est ce qui passionna l'écrivain qui fit une pièce de théâtre (Les Viaducs de la Seine-et-Oise, 1959), un roman (L'Amante anglaise, 1967). Dans la version dernière, jouée aujourd'hui, Claire Lannes (Ludmila Mikaël) a tué sa cousine germaine, sourde et muette, qui vivait chez elle et son mari Pierre Lannes (Ariel Garcia-Valdès), fonctionnaire au ministère des Finances. Un «interrogateur» (André Wilms) questionne l'époux, puis la criminelle. C'est tout. Quarante-cinq minutes et quarante-cinq minutes. Le premier mouvement est une scène d'exposition. Elle demande une attention redoutable aux deux interprètes.
Le deuxième mouvement a quelque chose de plus délié, paradoxalement, car Claire Lannes joue et se joue de son interlocuteur.

Marie-Louise Bischofberger, qui signe la mise en scène, s'appuie sur les trois personnalités d'exception qu'elle a réunies. Ce qui renouvelle ici le texte de Marguerite Duras, c'est la vitalité des comédiens, cette tension dansante, ce mouvement perpétuel des corps (même si Pierre Lannes est assis sur une chaise, face au public) qui éclaire d'un jour nouveau L'Amante anglaise.
On comprend mieux le couple, par la sensualité de Claire Lannes, on prend plus de plaisir à la partition de l'interrogateur par la tension ironique d'André Wilms, on est subjugué par la finesse du jeu d'Ariel Garcia-Valdès et ce qu'il apporte de complexité au personnage.
On admire la délicatesse, la profondeur, l'intelligence de Ludmila Mikaël qui est une Claire qu'aurait aimée Marguerite Duras. Et surtout, on a beau avoir vu souvent L'Amante anglaise, on est saisi par la force de l'écrivain. Un très beau moment.


Armelle Héliot - LE FIGARO



 
     
     
  LIBÉRATION  
 


Ludmila Mikaël sublime Duras
Théâtre. La comédienne retrouve les planches parisiennes avec «l'Amante anglaise», une pièce basée sur un fait divers sanglant de 1949.

L'Amante anglaise de Marguerite Duras
Mise en scène de Marie-Louise Bischofberger.

«Ce crime est un crime dont on ne se lasse pas», écrivait Marguerite Duras dans Libération du 17 juillet 1985 à propos de «l'affaire Grégory», dans l'article paru sous le titre de «Sublime, forcément sublime Christine V.». D'autres crimes, avant celui-là, elle ne s'était pas lassée. Jean Genet avait écrit les Bonnes en écho au carnage des s½urs Papin, qui fascina aussi Jacques Lacan. Pour Duras, ce fut le crime d'Amélie Rabilloud, jugée en décembre 1949 par la cour d'assises de Versailles, pour avoir tué et dépecé son mari, avant d'en éparpiller les morceaux dans les égouts et les terrains vagues de Savigny-sur-Orge. Sans jamais fournir de véritable explication à son geste.

Rayonnante. De cette affaire, Duras se servit pour publier, en 1959, les Viaducs de la Seine-et-Oise, une première pièce qu'elle disait «détester», et qu'elle réécrivit sous forme de roman, en 1967.
Elle l'adapte pour le théâtre l'année suivante. L'Amante anglaise (1) se rapproche de la vraie histoire. C'est la femme, qu'elle renomme Claire Lannes, qui est l'auteure du meurtre. La victime n'est pas son mari, mais Marie-Thérèse Bousquet, une cousine sourde et muette qui vivait chez elle. Les morceaux du cadavre, elle ne les a pas jetés dans la rue, mais d'un pont de chemin de fer, sur les trains de marchandise qui passaient. Adaptée du roman, la pièce met en scène le mari - Pierre Lannes - et la meurtrière, successivement questionnés par l'Interrogateur (flic, psy, ce n'est pas précisé). Dans sa mise en scène au théâtre de la Madeleine, Marie-Louise Bischofberger suit les indications de Duras : «La représentation doit être sans décor aucun, devant le rideau de fer baissé.» Elle a raison «de ne pas entrer dans une fausse mélodie durassienne», comme elle le dit elle-même. Ni mélancolique ni distancié, son spectacle tend la corde et ne relâche rien ; on ne perd pas un mot d'une histoire - d'une douleur - traitée comme un documentaire et assumée par trois acteurs à charge intérieure forte. Plus rayonnante chez André Wilms (l'Interrogateur), jamais très loin de la colère et toujours attentif pourtant. Plus sourde chez Ariel Garcia Valdès, bloc de douceur qui dévoile ses failles sans jamais appuyer. Et plus complexe chez Ludmila Mikaël, qui sait tout de la grâce, de la violence et de l'absence. On a sans doute raison de dire que Duras écrit encore mieux pour les femmes que pour les hommes. De chaque mot, Ludmila Mikaël fait à la fois arme et bouclier, sans ostentation, décidément étrangère à la vulgarité.

Mystère. Elle ne se prend pas pour une héroïne durassienne, effleure à peine le côté femme du peuple de son personnage, et s'efforce tout simplement de donner corps au mystère. «Ecoutez-moi... je vous en supplie...», ce sont les derniers mots de Claire ; ils donnent envie de lancer à Ludmila Mikaël : «Continuez... s'il vous plaît...»

René Solis - LIBÉRATION