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Serial Plaideur
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Mots crus, vérité nue
La chronique de Fabienne Pascaud

Théâtre

L'entreprise de l'avocat Jacques Vergès est apparemment narcissique. Le défenseur du terroriste Carlos et du nazi Klaus Barbie (deux clients qu'il se gardera bien d'évoquer) entend justifier sur scène son hallucinant parcours auprès de quelques rebelles de l'histoire contemporaine.
De son irrésistible voix onctueuse d'ecclésiastique Grand Siècle, l'homme de robe remonte jusqu'à Antigone et Jeanne d'Arc pour expliquer combien certains visionnaires peuvent avoir raison contre des lois par trop temporelles. Et Vergès, magistralement, de conter sa défense de militants du FLN, ou comment il s'est attaché à défendre quelques monstres pour leur rendre une ultime part d'humanité. Dans la salle, un silence religieux. La parole est si violente, sous l'apparente douceur, que Vergès aurait même pu rester immobile derrière son bureau - ici reconstitué à l'identique - et non se plier maladroitement à une piètre mise en place.
Certains spectateurs crient tout à trac «bravo», d'autres «merci».
C'est que l'acteur-avocat nous a rendu dans son plaidoyer-monologue une part de notre mémoire commune. Son verbe, peu à peu, devient exorcisme ; il hypnotise le public devenu jury d'on ne sait plus quelle cause française perdue peut-être et obscurément retrouvée. L'expérience est étonnante.
Et ce théâtre-là, une véritable aventure de spectateur citoyen, juge. Homme du monde.

Fabienne Pascaud - Telerama n° 3066 - 18 octobre 2008