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Le Paquet
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  Le Figaro  
 


Les petits mensonges de Jugnot
Nathalie Simon
28/01/2010

Le comédien est seul en scène pendant une heure vingt.
Téméraire et attachant.

Mystère et boule de gomme : LE PAQUET, la pièce de Philippe Claudel est inconnue au bataillon et l'auteur, récompensé pour LES AMES GRISES par le prix Renaudot en 2003, n'est pas un familier du grand public. Seul le nom de Gérard Jugnot en haut de l'affiche retient l'attention. Le comédien pose avec un paquet volumineux entre les bras. C'est le début du spectacle à l'affiche du Petit Théâtre de Paris.

Manteau ample, veste étriquée, chemise douteuse et pantalon élimé, Gérard Jugnot traîne derrière lui l'énigmatique objet avant de s'asseoir sur un banc de bois à deux pas d'une poubelle.
«J'ai beaucoup d'amis, il ne faut pas croire», commence-t-il.
Le bonhomme se met à raconter son histoire. Des histoires aussi.
Faux philosophe, poète manqué, vrai spécialiste de la mécanique auto ou employé dans une agence bancaire, il prétend avoir été un homme d'affaires reçu en VIP aux quatre coins de la planète. On pressent qu'il travestit la réalité, commet de petits mensonges.
À l'en croire, il a été un «jeune homme fougueux» et un mari «passionné».
Il oscille entre gravité et humour, vraies et fausses confidences. Confie que sa femme «n'est plus de ce monde», assène que «nous ne sommes rien», répète fièrement un alexandrin - «Jeannot a validé sa grille de Loto» - et ouvre des parenthèses diverses.

On oublie Gérard Jugnot, le scénariste-cinéaste-producteur qui tente de gommer l'échec de son dernier film, ROSE & NOIR, pour s'attacher à un type pas très brillant, d'une banalité effrayante qui aurait sa place dans une pièce de Beckett ou de Ionesco. Un cousin du héros d' UNE EPOQUE FORMIDABLE... (1991). L'ancien trublion de la troupe du Splendid revient à ses premières amours. Avec une réussite certaine. «J'voulais vous plaire», lance le personnage.
L'objectif est atteint.

Comme un vin rare et précieux, l'acteur devrait se bonifier au fil
des représentations. Il n'était pas monté sur scène depuis huit ans quand il endossait le costume de Sainte-Beuve dans État critique, une comédie de Michel Lengliney. L'écrivain Philippe Claudel signe également la mise en scène, ce n'est pas une bonne idée : Gérard Jugnot paraît ne plus savoir que faire de la liberté qui lui est donnée et le fameux paquet finit par être complètement occulté.
Par bonheur, l'artiste qui habite le plateau offre un beau morceau de bravoure.

Le Figaro