Retour à la pièce
  Extraits de presse
  Fiche technique
Maison de Poupée
Maison de Poupée
extraits de presse  
     
  Le Figaro  
 


Audrey Tautou, bonne pour le théâtre

Mère de deux enfants, Nora (Audrey Tautou) baigne vraisemblablement dans le bonheur. Obéissante et docile, elle voue une confiance aveugle à Torvald, son mari qui vient d'être nommé directeur de banque. Il la considère comme sa poupée, l'appelle son «petit écureuil» et sa «petite alouette», jusqu'au moment où il s'aperçoit qu'elle a commis un faux en écriture.
Un crime impardonnable selon lui, un acte d'amour d'après Nora.
L'attitude de Torvald qui la condamne définitivement ouvre les yeux de la jeune femme.
Après avoir pensé à mettre fin à ses jours, elle décide de quitter sa «boîte à jouets» et de chercher sa propre voie.

Critique

Michel Fau a dû se laisser influencer par l'univers de Tim Burton et les films expressionnistes allemands pour mettre en scène la pièce du norvégien Henrik Ibsen.
Bernard Fau, son frère, a conçu un décor que n'aurait pas renié la famille Adams : oiseaux empaillés, tête de cerf figée au mur tapissé de vert, peau d'ours blanc sur le sol, bougeoirs sur guéridon sombre, piano noir et cheminée en faïence créent une ambiance lugubre à souhait.
La traduction française de Terje Sinding restitue fidèlement le cheminement d'une héroïne de la fin du XIXe siècle qui n'aurait plus sa place dans la société actuelle. Mais Michel Fau a pris le parti de demeurer dans le passé plutôt que de moderniser la pièce.
On ne regrette pas qu'il ait confié l'imposant rôle de Nora à son amie du cours Florent, Audrey Tautou. Yeux ostensiblement cernés de noir, à l'instar de l'ensemble de la distribution - une idée de la maquilleuse Pascale Fau, la s½ur, cette fois, du metteur en scène -, corsetée jusqu'au cou, engoncée dans une robe victorienne bleue, Audrey Tautou lui prête gracieusement son visage juvénile et son corps gracile. La comédienne apparaît d'abord écervelée, égocentrique et naïve avant de toucher le public avec une composition plus subtile dans la seconde partie. Soudainement lucide, Nora passe du désespoir à une grande détermination.
Star de cinéma, Audrey Tautou relève avec maestria un défi audacieux.
Nicolas Woirion compose un Krogstad crédible et Flore Boixel une domestique discrète. On est plus réservé sur les prestations de Sissi Duparc en Mme Linde et de Pascal Elso dans le costume du Dr Rank a priori passionnément amoureux de Nora.

Nathalie Simon - 03/03/2010 - Le Figaro


 
     
     
  Figaroscope  
 


Michel Fau signe une mise en scène puissante et très fidèle de Maison de poupée d'Ibsen.

Dès que le rideau se lève, Nora est là. Comme une poupée figée dans la pénombre, devant un sapin de métal. Voici qu'elle s'anime. Dans cette robe bleue à croisillons noirs, magnifique avec sa tournure, ses col et poignets de dentelle et sa jupe entravée d'un savant plissé noué sur le devant, elle ne peut marcher qu'à petits pas, sauts d'oisillon. C'est une alouette. Jamais Nora n'aura mieux ressemblé à ce que voit en elle son mari Torvald Helmer (Michel Fau, qui signe la mise en scène), avocat qui vient d'être nommé à la tête d'une banque et se sent enfin rassuré.

Tout, du décor très beau et volontairement étouffant (Bernard Fau) au maquillage très _accusé, masque pâle, joues enflammées, yeux charbonneux (Pascale Fau), aux lumières (Joël Fabing) et aux costumes (David Belugou) , tout renvoie à un univers expressionniste très âpre.
Tous les personnages sont traités ainsi : la Bonne (la chanteuse Flore Boixel), Kristine Linde, l'amie malheureuse (Sissi Duparc), le Docteur Rank, amoureux, loyal, fidèle et promis à la mort _(Pascal Elso, comme un double de Torvald), Krogstad (Nicolas Woirion), l'avoué qui fait chanter Nora mais s'apaisera à la fin grâce à l'amour retrouvé de Kristine.

Bouleversant et moderne

Ils n'ont rien de «naturel». D'abord parce que dans la société que décrit Ibsen (la pièce date de 1878), on est en représentation. En cela, _Michel Fau, qui s'appuie sur l'excellente traduction de Terje Sinding, est d'une scrupuleuse fidélité à l'½uvre. Mais il va plus loin. Il glisse vers un univers à la Tim Burton, qui angoisse profondément, confusément, comme si pesait une sourde menace dont on ne sait pas d'où elle viendra. Les enfants appartiennent à ce monde : raides, étrangement inquiétants, plus adultes que leur mère, des petits loups qui n'aiment pas jouer.

Le rythme de la représentation est excellent. Trois actes en deux heures denses, comme le drame qui se joue. La direction d'acteurs est remarquable. Sissi Duparc a le douloureux moelleux qui convient, Nicolas Woirion est très impressionnant et humain à la fois, Pascal Elso a la noblesse blessée du Docteur, il est fin, subtil. Comme l'est Michel Fau, maîtrisant toutes les nuances d'un personnage qui n'est pas sympathique. Mais il lui apporte un supplément d'âme.

En scène deux heures durant, Audrey Tautou possède une présence forte et des moyens. La voix est très bien placée, ferme et elle ose tout ce que lui demande le metteur en scène, jusqu'aux piaillements d'alouette blessée. C'est un travail remarquable d'intelligence et d'instinct. Bouleversant et surtout : moderne !

FIGAROSCOPE - Par Armelle Heliot

 
     
     
  Les Echos  
 


Michel Fau (...) a pris le parti de l'expressionnisme et de l'onirisme, pour souligner le côté « drôle et effrayant » du drame d'Ibsen . Un pari gonflé, mais intéressant. (...) on se croirait dans un film fantastique, une Norvège de cauchemar. (...) Le décor (...) est déroutant jusqu'au malaise. Une vraie maison de poupée à taille «adulte», est recréée sur la scène de la Madeleine. (...) L'actrice, Audrey Tautou, se coule avec beaucoup d'humilité dans le projet de Michel Fau. (...) Sa partition est difficile, elle la joue parfaitement. (...) Présence, mystère, intériorité, beauté... A son premier essai, Audrey Tautou s'impose comme une comédienne de théâtre rare. Michel Fau campe avec une fantaisie tragique irrésistible Torvald, le mari macho, naïf, gentil mais lâche (...) qui fait rire et trembler... Pascal Elso est un docteur percutant, sobre et joyeusement désespéré.
Comme un songe d'une nuit d'hiver, dont on s'éveille brutalement, la «Maison de poupée» revisité par Michel Fau s'achève sur un cri de douleur : l'amour est impossible dans une société d'homme, factice, étriquée et mesquine. Même la liberté à un goût de cendre pour Nora, qui part sans ilusion vers un avenir incertain et pour Torvald, solitaire et brisé, qui appelle de ses v½ux sans y croire «le plus grand des miracles»

Philippe Chevilley - Les Echos