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Premier Amour
Affiche Premier Amour
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  Le Journal du Dimanche  



Le regard de Laure Adler

J'attendais ce moment avec impatience : Sami Frey entre sur le plateau du Théâtre de l'Atelier. Le silence se fait. Sami Frey est dans le texte de Beckett, il ne le dit pas, il ne le récite pas, il fait corps avec lui. Premier Amour est le soliloque d'un type qui ne sait pas très bien qui il est, où il est, s'il aime ou pas des femmes ou une femme. Il suit le mouvement. Quel mouvement ? Il semble essayer de savoir s'il peut être encore en vie alors que son père vient de mourir. Larmes aux yeux devant tant d'élégance.t.

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La chronique de Fabienne Pascaud

Beckett magique

Sami Frey met en scène seul le texte qu'il joue PREMIER AMOUR de Samuel Beckett. A 72 ans, l'inspiré adaptateur et interprète solo de Je me souviens de Georges Perec (1989), sait les riches abîmes où peut mener un forage intérieur exigeant et solitaire ; à condition qu'il soit sans complaisance. Après L'Ecclésiaste, Epictète, Sartre et Kertesz, le voilà donc immergé à nouveau dans Beckett. Il y est éblouissant dès le premier instant, franchissant une porte de fer en vieux pardessus, chapeau mou et sac à dos sale ; s'installant sur un misérable banc devant ce mur où clignote une rouge et incessante lumière ; alors que s'entendent, en sourdine, des signaux sonores constants... Cour de prison ? d'asile ? de maison de retraite ? Peu importe. Le mystère fait déjà partie du plaisir, du voyage où nous entraîne l'acteur. C'est une des conditions, des mises en train qu'il impose pour pénétrer le royaume mi-farce, mi-tragédie, Sami frey de sa voix de soie, grave et caressante, est ainsi pire qu'odieux. On entre pourtant en voyeur réjoui dans ses délires et phobies. Comment fait l'acteur pour être si prosaïque et si magique à la fois, en bas et en l'air, nous faisant accepter l'inacceptable, partager sa cruauté maladroite ? Son art tient à cette distance amusée qu'il entretient avec les choses et le monde. Parce qu'il ne s'inscrit jamais pesamment dans les mots mais paraît les effleurer, il leur insuffle mille résonances, mille échos d'innocence, de perversité, de mort et d'éternité mêlées. Il les hante et nous hante.

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