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Pluie d'enfer
Pluie d'enfer
extraits de presse

     
  Le Figaro  
 


À la Pépinière, sous la direction de Benoît Lavigne, ils créent Pluie d'enfer, polar urbain de l'Américain Keith Huff.

Il pleut sur la ville et il pleut dans leurs vies. La nuit semble sans fin, sombre. On croit distinguer, dans les ténèbres striées d'averses, un étrange regard. L'espace imaginé par Laurence Bruley est angoissant et lorsque surgissent les deux hommes, deux flics, deux «cops» comme des jumeaux, même uniforme et moustache de même style, on est précipité dans un monde hostile. On est un peu tétanisé. Il y a Denny (Olivier Marchal) et Joey (Bruno Wolkowitch). Ces deux-là font équipe depuis longtemps. Pour le meilleur... et pour le pire. On ne connaissait pas du tout cet écrivain. Keith Huff est depuis quelques années joué sur Broadway. Il est également coproducteur de Mad Men , série culte. Benoît Lavigne nous dévoile cette écriture singulière en signant l'adaptation de A Steady Rain avec Alexia Périmony.


Une grâce à la James Dean

Sans connaître le texte original, on devine le travail très particulier sur la langue, les rythmes, mis en œuvre par l'auteur. Il y a en lui une âpreté à la David Mamet, dans les thèmes et dans le style. Chicago, ville délétère, oublieuse de ses grands lacs et de ses percées sur le ciel, Chicago des bas-fonds et de la vie quotidienne, est l'un des protagonistes de Pluie d'enfer . La ville, c'est leur vie, pourtant, à ces deux-là. L'un a une femme, des enfants. Exposés par le métier même du chef de famille. L'autre est l'ami. Et son admiration pour Denny n'empêche pas Joey de glisser, imperceptiblement, vers une certaine forme de trahison...
C'est en cela que Keith Huff a écrit une tragédie contemporaine. Lumière, son, musique - du jazz et du hip-hop, de la r'n'b et de la house - tout concourt à donner une profondeur trépidante à l'action. Benoît Lavigne dirige avec précision deux grands interprètes. Bourru et faible, conscient de ses responsabilités mais paumé, le Denny d'Olivier Marchal a la densité d'un homme vulnérable. À ses côtés, plus lucide sans doute, mais incapable de ne pas céder à des sentiments qui le rassurent mais sont destructeurs, le Joey de Bruno Wolkowitch possède une grâce à la James Dean. Insolite, dérangeant, du vrai théâtre

LE FIGARO