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L'Intrus
L'Intrus
extraits de presse

     
  Le Figaro Magazine  
 


Claude Rich et Nicolas Vaude dans un diabolique pas de deux Complices, ils illuminent L'Intrus, pièce d'Antoine Rault, mise en scène par Christophe Lidon.

Cela commence comme une nouvelle de Borges, cela continue comme un drame de Goethe, cela a des allures de conte fantastique à la Boulgakov, cela se délite en comédie sentimentale, cela finit en grave réflexion sur le sens de l'existence.
C'est une pièce volontairement hétérogène, ambitieuse, libre, très drôle souvent et pourtant franchement grave. C'est la nouvelle pièce d'Antoine Rault, qui a bien du talent, on le sait, et aussi... de la chance. Ce jeune auteur a en effet la confiance d'un des plus grands comédiens français de notre temps, un homme rayonnant, fier, modeste, un homme doux, tendre, intelligent, un homme qui a écrit lui-même, naguère, de très jolies œuvres pour la scène, un artiste dans la splendeur de l'âge. Claude Rich a en effet interprété les rôles principaux de deux précédentes pièces d'Antoine Rault.

Après Le Caïman, qui évoquait Louis Althusser, après Le Diable rouge ou l'ambivalent Cardinal de Mazarin, c'est un personnage sans autre identité que celle que lui donne l'écrivain qu'incarne Claude Rich dans L'Intrus. Cet intrus, celui qui fait irruption comme un voleur dans la vie du grand médecin spécialiste du cerveau, c'est Nicolas Vaude.

Cheveux bouclés d'ange souriant, visage aigu de diable tentateur, souplesse de félin, regard bienveillant ou inquiétant, il est le double d'Henri, le jeune homme qu'il a été. Il est aussi un Mephisto manipulateur dont on n'est pas certain qu'il veuille le bien de ce Faust au regard d'enfant, candide comme le sont les très grands esprits parfois et souvent les scientifiques.

Après avoir vainement résisté, Henri se laisse séduire. Il s'interroge sur le sens de sa vie, en dresse un bilan intellectuel et affectif, redoute la mort. On n'est jamais dans un univers rationnel. Il faut l'accepter. Irréalité, échange de personnalités, disputes cocasses entre Henri et l'intrus, on est subjugué par la complicité des deux éblouissants interprètes. Un festival !

Miroirs et transparence

Les autres, ici, sont un peu des gêneurs. La pièce patine lorsque Henri revoit les femmes de sa vie, et la grâce sûre de Delphine Rich en fille, en épouse, en maîtresse n'efface pas on ne sait quoi de moins intéressant dans le propos. De même pour Chloé Berthier. Dans le décor en miroirs et transparence de Catherine Bluwal qu'animent les lumières de Marie-Hélène Pinon, le mouvement général de la représentation est bon.

Mais Christophe Lidon n'aurait pas dû suivre aussi fidèlement les indications de l'auteur. Lorsque l'on demande à Jean-Claude Bouillon, très bien en médecin, camarade de toujours d'Henri, de jouer les masseuses orientales, on est navré car c'est une image de mauvais cabaret qui dénature l'ensemble. C'est comme si Lidon avait peur du thème de la pièce: la vieillesse et la mort. Henri admet l'effroi: il meurt de trouille ! le 16/09/2011

Armelle Heliot
le 16/09/2011 - Le Figaro




 
     
 
     
  Le Figaro Magazine  
 


« L'Intrus », d'Antoine Rault

Une complicité idéale

Claude Rich et Nicolas Vaude illuminent une pièce intéressante qui emprunte au mythe de Faust.

Le programme nous prévient que ce que tente de cerner Antoine Rault dans « l'Intrus » est ce qui se passe dans la tête d'Henri (Claude Rich). Il a été un grand savant, spécialiste du cerveau. Il est en retraite. Privé de labo. Veuf. Sa fille (Delphine Rich, fine et précise) vit avec lui, veille sur lui. Elle s'inquiète. Et ce d'autant plus que son père semble entendre des voix. Nous, spectateurs, on sait que quelqu'un s'adresse vraiment à lui. C'est l'intrus. Un jeune homme (Nicolas Vaude) qui prétend qu'il est Henri, jeune. Il y a du Borgès, du Boulgakov, du Pirandello dans la pièce très ambitieuse d'Antoine Rault, qui, après « le Caïman », qui évoquait Louis Althusser, et « le Diable rouge », qui faisait revivre Mazarin, a la chance de voir sa pièce portée par l'interprète merveilleux de finesse qu'est Claude Rich.

L'intrus annonce à Henri qu'il n'a plus que deux ans à vivre, puis lui propose, en un pacte faustien, de retrouver sa jeunesse. Les deux protagonistes échangent leurs apparences. Aussi l'ami de toujours d'Henri (Jean-Claude Bouillon) ne risque-t-il pas de le reconnaître. Bientôt, Henri va retrouver sa maîtresse d'autrefois, sa femme Marguerite (les deux sont également interprétées par Delphine Rich). Ajoutons une jeune fille (Chloé Berthier). Mais, avouons-le, c'est le lien des deux hommes qui passionne et enchante.

Rich, tout en retenue et sourde souffrance, éprouve les sentiments contradictoires d'un homme au soir de sa vie. Vaude, en volubilité et souplesse de chat, tour à tour lumineux et inquiétant, est insaisissable. On devine leur entente, leur idéale complicité. Ils sont fascinants.

Christophe Lidon s'est entouré d'une excellente équipe artistique (décor, lumières, costumes, son) et donne un bon mouvement à la représentation. On devine le public un peu perturbé, car on nous parle des ravages de l'âge sur les êtres et on assiste à la mort d'Henri. Ce n'est pas gai... mais ce n'est jamais larmoyant. Le jeu, le goût du jeu, ici, fascine. Antoine Rault donne à Henri comme à l'intrus ce goût de la provocation et de la joute, attisé par le feu d'une interprétation aérienne et malicieuse.

Le Quotidien du Médecin - 21/09/2011