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Le début de la fin
Le début de la fin
extraits de presse

     
  TELERAMA  
 


LA CHRONIQUE DE FABIENNE PASCAUD

Scènes de la vie conjugale

Si les couples sont si fragiles, c'est la faute de l'homme, susurre crûment, dans Le Début de la fin justement, Sébastien Thiéry, jeune auteur d'un nouveau théâtre de boulevard hexagonal absurde et cruel. La faute à la misogynie ordinaire, à la peur des femmes de tout mâle, à sa hantise de vieillir et de n'être plus à la hauteur présumée de sa virilité. Ainsi Alain (Richard Berry) ne supporte-t-l! plus Nathalie, qu'il accuse de vieillir «sept fois plus vite que lui» ; qu'il voit en vieille dondon bonne à cacher en maison de retraite, ou à «négocier» au premier fauché venu, alors qu'elle n'a que... 35 ans. Deux comédiennes se partagent le rôle. La toujours sexy Françoise Brion et ses 78 printemps quand la regarde sans pitié son époux ; la très fraîche Pascale Louange, telle qu'est Nathalie en « réalité» et dans le regard de ses partenaires sur le plateau ... Dédoublement de l'être aimé, schizophrénie du mari : quelques scènes font froid dans le dos.
Quand Françoise Brion essaie vainement, par exemple, de susciter le désir mort de l'époux excédé, et le chevauche désespérément en walkyrie au bord de l'orgasme. Saluons le courage de la comédienne d'avoir affronté avec humour pareil sujet, narcissiquement peu valorisant.
Mais l'audace de la pièce à aborder les labyrinthes, mauvaise foi, hypocrisie et mensonge de la relation conjugale est rare.
Choisissant toujours (à la manière de Feydeau) d'enfermer des personnages impuissants dans des situations tragiques plus fortes qu'eux, l'acteur dramaturge Sébastien Thiéry excelle à forger des huis clos kafkaïens - mais revisités par le vaudeville. Les répliques fusent, imprévisibles et méchantes. Les dialogues dansent. Aucune pesante psychologie n'encombre l'action délirante et folle. Ça va vite, ça court, et la mise en scène de Richard Berry donne au spectacle la rosserie idoine. Lui-même est odieux à souhait. Et paumé. Difficile d'être un homme aujourd'hui, dit aussi Le Début de la fin.
Un homme avec ses désirs ancestraux et des femmes de plus en plus libérées; un homme avec des besoins de maman et des lâchetés d'adolescent...


 
     
 
     
  LE FIGARO MAGAZINE  
 


Rire à en pleurer

Depuis qu'il pense, l'homme, cet étrange animal, se pose deux questions essentielles: «Qui suis-je ?» et «Qui est l'autre?».
Depuis qu'il fait du théâtre, Sébastien Thiéry tente d'y répondre. Sa troisième pièce, Le Début de la fin, est de la même veine et plus accomplie que les précédentes.
La plupart des gens qui s'interrogent sur ces graves problèmes, on veut dire les philosophes, sont très ennuyeux. Sébastien Thiéry a sur eux l'immense avantage d'être drôle. C'est un pitre merveilleux, le Monsieur Jourdain de la métaphysique, il fait de la philosophie sans le savoir, d'instinct, et ça tombe juste. Quand on ne comprend pas très bien ce qu'il veut dire, on se tord de rire. Quand on comprend, on est dérangé. Il y en a pour tout le monde. C'est génial: il rend l'absurde désopilant.
Le Début de la fin est l'histoire d'un homme qui a le sentiment insupportable que sa femme vieillit physiquement plus vite que lui. Sept fois plus vite. Il en devient fou, violent, vulgaire, cruel, stupide. Une angoisse obsessionnelle le gagne, un cauchemar dans lequel il s'enferme douloureusement. Pour y échapper, il recourt à des stratagèmes ahurissants, qui créent des situations irrationnelles, abracadabrantes, à la Feydeau, à vous donner le tournis, Vous pleurez de rire, mais en même temps vous êtes saisi d'une espèce de sentiment complexe de complicité avec ce type, de culpabilité, de pitié, d'émotion même (le dernier tableau), vous entrez dans son délire. Un curieux phénomène d'angoisse communicante par le rire. Kafka n'est pas loin.
Le procédé théâtral utilisé par Sébastien Thiéry pour incarner l'ambiguïté du double regard - la dialectique de la réalité et de l'illusion est au coeur de l'oeuvre - est très ingénieux. Le personnage de la femme est interprété par deux actrices, étonnamment jumelles dans leur silhouette. Elles sont formidables, l'une âgée mais d'une beauté préservée, Françoise Brion qu'on revoit avec bonheur, l'autre jeune et fraîche, Pascale Louange. Le mari voit sa femme sous les traits de la première, son entourage sous ceux de la seconde, les spectateurs tantôt de l'une, tantôt de l'autre, Ils sont à la fois dans le cauchemar et dans le réel.
Le mari, c'est Richard Berry, familier de l'univers de Thiery. Hagard, fragile, brutal, désemparé, odieux, touchant: impressionnant dans tous les registres. Il est servi par un faire-valoir venu de la télévision et nouveau au théâtre où il fait une entrée comique très réussie : Jonathan Lambert. La mise en scène nerveuse de Richard Berry est d'une belle efficacité.

Philippe Tessont