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Les liaisons dangereuses
Les Liaisons Dangereuses
extraits de presse

     
  Le Figaro Magazine  
 


Laclos dans la liberté de la répétition

John Malkovich réunit de jeunes comédiens pour jouer «Les Liaisons dangereuses».
Très ludique. Pas de doute, le spectacle séduit le public !
Pas de doute, l'humour de John Malkovich et le caractère assez canaille qu'il prête à ce Valmont qu'il incarna avec un souci du mystère dans le film de Stephen Frears, en 1988, conviennent aux spectateurs du Théâtre de l'Atelier.

Les Liaisons dangereuses sont ici données dans l'adaptation qu'en fit Christopher Hampton et dans une nouvelle traduction de Fanette Barraya.
Il ne faut pas chercher dans ce spectacle joué à très vive allure, comme si les interprètes faisaient ce que l'on nomme une «italienne», une profonde fidélité au chef-d'œuvre de Choderlos de Laclos.

Le Britannique Christopher Hampton, lorsqu'il composa cette adaptation, en 1985, avait conscience de la difficulté qu'il y avait à transposer un roman épistolaire sur la scène d'un théâtre. Sa pièce est remarquable et fit d'ailleurs des années durant un triomphe avant d'être créée en France avec notamment Bernard Giraudeau et Caroline Cellier. Le film de Stephen Frears allait donner à son travail un nouvel épanouissement.

John Malkovich, homme de théâtre et de passion, avant d'être mondialement connu justement par son interprétation de Valmont au cinéma, rêvait de monter la pièce. Il y a quelque temps, il avait imaginé mettre en scène en France une production prestigieuse avec des stars...
Cohérence profonde Il a finalement opté pour un travail tout à fait différent.
À l'exception de Sophie Barjac, parfaite Madame de Rosemonde, il n'a réuni que de tout jeunes comédiens, qu'il a choisis après de longues auditions.
Ce geste, tellement rare dans le théâtre privé parisien, est remarquable.
S'il avoue que, sur chaque rôle, plusieurs jeunes talents auraient pu être distribués, soulignons qu'il ne s'est en rien trompé.
Son plateau est d'une qualité et d'une homogénéité remarquables et on devine sa puissante direction d'acteur, son attention généreuse aux personnalités, l'entente qui règne dans la troupe.

Et, disons-le, c'est ce qui convainc d'entrée et donne une cohérence profonde au propos. Après, on peut pinailler. Le metteur en scène imagine qu'il s'agit d'une répétition. Des chaises dépareillées sont disposées tout autour du plateau.
Les interprètes ne quittent jamais la scène. Bien plus, ils ne quittent pas des yeux les personnages qui s'ébattent ou disputent sous leurs yeux.

Mais saluons la fraîcheur de Rosa Bursztejn, les frémissements de Jina Djemba, l'alacrité de Lazare Herson-Macarel, la fragilité de Mabô Kouyaté, la tenue de Pauline Moulène, l'autorité de Julie Moulier, le cran de Lola Naymark.
Yannick Landrein dessine un Valmont très indépendant, assez voyou, plus «ragazzo» que libertin.
Cela plaît !

Par Armelle Heliot,
publié le 27/01/12

 
     
     
  Le Nouvel Observateur  
 


Valmont à l'âge de DSK et du SMS

On mesure la force d'un texte à la manière élastique dont il résiste à toutes les distorsions et se plie à toutes les déformations. Dont il se joue aussi des trahisons. C'est le cas des «Liaisons dangereuses», de Choderlos de Laclos.

Aussi bon stratège fût-il, cet officier d'artillerie, qui inventa le boulet explosif, n'imaginait pas que son roman par lettres connaîtrait une si détonante postérité et une telle batterie d'adaptations. On ne compte plus les films, les téléfilms, les pièces de théâtre, les opéras, les comédies musicales et les chansons qu'a inspirés ce chef-d'oeuvre de la polémologie libertine («C'est Racine aidé par Vauban», disait Giraudoux de Laclos). Qu'il ait survécu aux assauts de Josée Dayan ou de Mylène Farmer en dit long sur sa robustesse.

Aujourd'hui, l'Américain John Malkovich, qui fut un très inquiétant Valmont dans le film de Stephen Frears, fait subir à ce texte de 1782 un sacré lifting. Sur la scène du Théâtre de l'Atelier, des comédiens d'une vingtaine d'années, qui ne resteront pas inconnus, réinventent «les Liaisons dangereuses» comme, dans «l'Esquive», Abdellatif Kechiche avait déplacé Marivaux au coeur d'une cité HLM.

Ici, Merteuil la joue mec, Tourvel est russo-camerounaise, Volanges emprunte à Valérie Lemercier, Valmont tweete ou filme ses ébats sexuels avec un iPhone. L'art épistolaire passe désormais par les SMS illimités, les costumes réconcilient Rose Bertin avec John Galliano, et la nudité est naturelle.

On craignait une pochade potache pour Laclos la Saumure. Or, c'est formidable de sauvagerie, de drôlerie, de méchanceté canaille. Preuve flagrante que le texte de Laclos, version Christopher Hampton, passe du siècle de Restif de La Bretonne à celui de DSK et de Versailles au Carlton lillois sans rien perdre de sa redoutable perversité. Et puis quoi, les fougueux acteurs de Malkovich ont la jeunesse des vrais personnages de Laclos, ce que le cinéma avait fini par nous faire oublier.

Jérôme Garcin

 
     
     
  La Croix  
 


LACLOS

Finissons par un petit miracle de jeunesse, de talent et, forcément, de perversité puisqu'il s'agit des Liaisons dangereuses, d'après Choderlos de Laclos, mis en scène au théâtre de l'Atelier, à Paris, par John Malkovich. Rien que des acteurs quasiment débutants, recrutés par le metteur en scène. Ils font un triomphe, aussi. Ils virevoltent, se caressent ou se détestent sans entraves (personnes sensibles à la nudité s'abstenir...), ils jouent à s'aimer ou à se faire peur. Ils restent tous sur la scène, constamment, assistant comme nous au spectacle, muets. D'où vient le plaisir ressenti à ce spectacle et son succès ? De la joie visible qu'ont ces jeunes à être là, ensemble, pour exercer le métier qu'ils ont choisi. Ce n'est pas si courant.

Courez-y !

Bruno Frappat