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Récital Emphatique
Récital Emphatique
extraits de presse

     
  Le journal du dimanche  
 


Vraiment Fau !

Lancé dans le sillage d'Olivier Py, Michel Fau, sans aucun doute l'un des plus drôles et truculents comédiens d'aujourd'hui, est également metteur en scène. A ceux qui ne situent pas la verve folle de ce digne descendant de Claude Pieplu et de Sarah Bernhardt, un conseil : osez ce Récital Emphatique ! Michel Fau y rend hommage à la tragédie et à l'opéra sur des airs de Saint-Saëns, Rameau ou Gershwin.
C'est aussi hilarant qu'émouvant. Accompagné d'un seul piano (Mathieu El Fassi), affublé de cent voiles, il s'adonne aussi à la danse avec une légèreté déconcertante. Jamais vulgaire, toujours libre, dingo et pomponné comme une diva, l'acteur y chante souvent faux mais toujours avec une justesse d'expression désarmante. Sans le piano, c'est aussi Racine qu'il célèbre, sous toutes les coutures. Il devient alors Phèdre, tour à tour poissonnière, nunuche ou hystérique. Et il suffit parfois d'un battement de cils. C'est toute la salle qui rugit de plaisir...

Alexis Campion

LE JOURNAL DU DIMANCHE - 25 décembre 2012


 
     
 
     
  Les Echos  
 



Quand la diva sonne Fau...

Le comédien fantasque joue les Castafiore et les Sarah Bernhardt dans un spectacle délirant. De Saint-Saëns à Racine, Michel Fau transforme les Bouffes du Nord en « Carnage Hall ».

Heureusement, les intégristes du beau chant et de l'alexandrin n'ont pas eu vent de l'affaire. Pourtant, ils auraient dû se méfier, en découvrant son interprétation épique aux Molières de « Quelqu'un m'a dit » (de Carla Bruni), grimé en Castafiore. Après une incursion dans le cabaret transformiste en 2010 au Rond-Point (pour une « Impardonnable Revue pathétique et dégradante »), Michel Fau avait envie de se frotter au grand répertoire lyrique et théâtral, de jouer les divas, en robe, perruque et faux seins...
Les Bouffes du Nord accueillent ainsi pendant dix jours à la nuit tombée le « Récital emphatique » du comédien-metteur en scène, spécialiste de Claudel, Thomas Bernhard, Guitry et Copi. Pas de manifestation à la Chapelle, ni avant ni après ce court « Fau-pas » d'une heure. Les amateurs de spectacles décalés et de franche rigolade peuvent goûter en toute quiétude ses facéties, accompagnées au piano par le subtil Mathieu El Fassi.
Le récital commence fort, avec des extraits de « Samson et Dalila » de Saint-Saëns. Fau, toutes voiles dehors, bondit sur la scène, multipliant les entrechats et les gestes suaves. Le comédien chante juste, mais mal - de quoi rendre sourde une batterie de casseroles. L'effet comique est immédiat. Surtout qu'il souligne chaque note d'une expression outrée - roulant des yeux, se tordant la bouche, tour à tour enamouré et affolé. Aucun des tics des cantatrices ne semble lui avoir échappé. Fau-Dalila s'en donne à coeur joie sur la « Bacchanale » (à terre, dans les airs) avant de s'éclipser pour changer de costume.


Phèdre pliée en quatre

Le voici revenu dans des atours (un brin) plus sobres, pour jouer les tragédiennes. Son interprétation de « Phèdre », « pliée » en quatre styles différentes (classique, boulevard, « vieux françois », et contemporain) est un must. Un petit tour chez Rameau (« Castor et Pollux ») pour jouer les déesses marbrées (avec vibrato en prime), puis retour au texte, avec un pastiche salace de Duras. « Summertime » de « Porgy and Bess » clôt le récital en beauté (inénarrable VF...). On ne vous dira rien de la « Tante Amélie », pas bégueule pour un sou, qui s'invite aux rappels d'un public extatique...
En jouant la carte de la brièveté et en variant habilement les genres, Michel Fau a réussi son pari « emphatique ». Ses pastiches, hommages déguisés-déjantés à l'opéra et au théâtre, sont d'une telle minutie et d'un tel engagement forcené, qu'on ne peut qu'être conquis, emporté, anéanti. Fau est fou - et on est fou de Fau. La Callas et Sarah Bernhardt n'ont qu'à bien se tenir.

Philippe Chevilley

LES ECHOS
26 décembre 2011