Retour à la pièce
  Extraits de presse
  Fiche technique
Demain il fera jour
Demain il fera jour
extraits de presse

     
  Telerama.fr  
 


Demain il fera jour

Année 44. Georges Carrion est avocat. Il a défendu un Allemand pendant la guerre et refusé que son fils de 17 ans entre dans la Résistance.
Mais la Libération n'est pas loin, et il craint pour sa peau. Il se ravise donc. Michel Fau exhume une pièce de Montherlant rarement jouée, que l'écrivain a écrite en 49 comme une suite à Fils de personne.
C'est une époque où les Français n'ont guère envie d'entendre parler de collaboration et d'épuration.
La pièce fait scandale. La mise en scène de Michel Fau dessine un univers bourgeois étriqué et rigidifié qui sue la haine. Loin de tout réalisme, les deux acteurs (Léa Drucker et Michel Fau) trouvent une sorte de lyrisme sophistiqué qui confine à la folie. Le spectacle est empreint d'une atmosphère venimeuse digne des films noirs des années 40 et produit une forte impression.

Sylviane Bernard-Gresh



 
     
 
     
  Le Figaro  
 


D'un auteur qu'on ne joue plus beaucoup, Michel Fau a choisi une pièce rare et très noire, "Demain il fera jour".

Michel Fau a du goût pour la langue audacieuse de Montherlant et pour ce théâtre rigide que déchirent les contradictions de personnages complexes et antipathiques. La production de l'Oeuvre est très soignée. Un décor beau et strict, avec ses étoffes et ses motifs qui disent l'élégance des années 1930, des costumes bien pensés, et une mise en scène volontairement chorégraphiée strictement. Les voix très particulières des deux interprètes, haute et claire pour Léa Drucker, plus feutrée et soulevée d'une sourde plainte pour Michel Fau, détaillent chaque mouvement de style, chaque mot.
Le surgissement du jeune Loïc Mobihan introduit plus de vivacité, de « naturel », de sentiment. Voire d'émotion. L'affrontement du père et du fils est terrible.
C'est dans le troisième acte que l'écrivain atteint ce qu'il désire et c'est là que Michel Fau déploie les audaces de jeu. Drapée dans une robe rouge de tragédie classique, Léa Drucker est comme un papillon perdu qui se cogne aux murs. Georges Carrion (Michel Fau), écrasé par le destin est comme un personnage de Racine, qui sait qu'il ne peut rien contre le ciel, les dieux, la fatalité.
L'enfant va payer pour la lâcheté des adultes, leurs mensonges, leurs compromissions. C'est exactement Phèdre. En cela Henry de Montherlant est un classique.

Armelle Héliot


 
     
 
     
  Les Echos  
 


Michel Fau déteste les modes. Il le prouve une nouvelle fois, au Théâtre de l'½uvre, en exhumant « Demain il fera jour », une pièce étonnante de Montherlant. Et en la montant à sa façon - théâtralement incorrecte. Le comédien-metteur en scène n'a jamais été aussi loin dans son détournement de la tradition : les codes du boulevard et de la tragédie classiques sont fusionnés en une sorte d'expressionnisme surréel, qui crée à la fois le malaise et l'enchantement.
Suite de «
Fils de personne », la pièce, créée en 1949, met en scène une sulfureuse trinité, à Paris, dans les derniers jours de l'Occupation :
Georges, un avocat, son fils bâtard, Gilou, et sa mère, Marie. Le fils veut entrer dans la Résistance. La mère, qui d'habitude cède à tous ses caprices, ne veut pas qu'il risque sa vie. Dans un premier temps, le père est sur la même ligne. Puis, constatant que ses activités de juriste «
collabo » remontent à la surface, il donne finalement la permission à Gilou de s'engager ; sacrifie son fils, pour se couvrir.
Dans sa note d'intention, Michel Fau évoque à la fois Thomas Bernhard et Racine. Sur scène, c'est ce qu'il nous donne à voir, après un début déroutant où l'on doit s'habituer au décor vintage de Bernard Fau -- un appartement bourgeois triste et élégant à pleurer -, aux lumières oniriques, au jeu volontiers maniéré des comédiens. Puis, la noirceur, le mépris de Georges éclatent, l'amour maternel étouffant de Marie instille son poison et l'enfant paraît (Loïc Mobihan, très beau, très juste), agneau, pantin, courant vers la mort.

Théâtre de l'excès

Michel Fau (Georges) et Léa Drucker (Marie) abandonnent les clins d'½il boulevardiers et burlesques. Guettant le retour du fils dans la nuit, le père se fait monstre de film d'horreur, projetant son ombre géante sur le mur, tandis que la mère suffoque dans sa robe écarlate. Le couple déclame sur le mode tragique racinien, mais il y a du Shakespeare aussi dans leur ardente infamie - Lord et Lady Macbeth face à l'armée des ombres. La scène dans l'obscurité est intense, violente. Fau et Drucker portent ce théâtre de l'excès à son paroxysme, préparant l'arrivée du messager de la mort.
Montherlant sort grandi de ce traitement baroque. « Demain il fera jour » nous parle de cette France « collabo » de la honte, pas si loin de nous. Et, au-delà, de la perversité des hommes qui cèdent à la haine de soi, à la compromission et au cynisme. Les monstres sont toujours parmi nous.

PHILIPPE CHEVILLEY