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La Conversation
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extraits de presse

     
  Le Figaro  
 


Impérial Bonaparte dans La Conversation

Par Nathalie Simon publié le 05/10/2012

Si l'Histoire nous était toujours contée par
Jean d'Ormesson, elle serait délectable. C'est le cas avec La Conversation, la première ½uvre théâtrale de l'académicien présentée au Théâtre Hébertot, à Paris. Transposée sur scène par Jean-Laurent Silvi, elle restitue un entretien entre Bonaparte (Maxime d'Aboville) et Cambacérès, deuxième consul (Alain Pochet).

La scène se déroule dans un bureau aux Tuileries, au lendemain du 18 Brumaire. Si les propos du vainqueur de Marengo sont authentiques, ceux de son interlocuteur sont fictifs. Fictifs, mais plausibles. Imprégné de journaux intimes et de Mémoires de l'époque, «Jean d'O» a écrit des dialogues étincelants comme une épée. Gageons qu'ils doivent être très plaisants à dire par les comédiens.

Presque de la même taille que Bonaparte, Maxime d'Aboville égratigne pourtant d'abord l'oreille du spectateur par son timbre perçant. Un inconvénient auquel on s'habitue avant de l'oublier en quelques minutes, grâce au jeu de l'acteur, de plus en plus impérial. Maxime d'Aboville finit en effet par s'effacer sous la veste rouge aux fils dorés de l'homme qui voulait construire sa légende. Déterminé, exalté, mégalo, coq et pédant, le petit «homme pressé» - «J'aime pas traîner!» -, qu'il incarne véritablement prend le temps de parler à «c½ur ouvert» à son fidèle Cambacérès.

Les deux hommes - Bonaparte surtout - parlent de tout. De nourritures terrestres, de Talleyrand, Fouché, Murat ou Robespierre qu'il admire, de Joséphine, dont il espère un héritier, de ses frères et s½urs qui lui «empoisonnent la vie». Etde ses rêves de grandeur. «Vivre sans gloire, c'est mourir tous les jours», assène-t-il. Général à 25 ans, l'ambitieux stratège de 34 ans caresse le rêve de devenir empereur. Il s'en ouvre au deuxième consul dont il n'hésite pas à tirer l'oreille ou à tapoter la joue. Plus il cause, plus Cambacérès le loue et le vénère.

Une volonté inébranlable

Regard sombre, coléreux, cassant ou narquois, Maxime d'Aboville n'en est pas moins drôle. La rapidité et la clarté de son débit trahissent la volonté inébranlable du futur empereur. Sa longue tirade sur le châle de Joséphine est un moment d'anthologie. Ainsi que son rôle l'exige, l'acteur belge Alain Pochet est davantage en retrait, disponible, ouvert, à l'écoute de son «idole», stoïque face à ses moqueries.

Formé par Jean-Laurent Cochet et devenu à son tour professeur d'art dramatique, Jean-Laurent Silvi, 27 ans, signe une mise en scène sans prétention et sans fioritures. Sa simplicité rappelle celle de Diplomatie, la pièce de Cyril Gely montée par Stephan Meldegg, une confrontation entre Nordling, l'ambassadeur de Suède à Paris, interprété par André Dussollier et le général von Choltitz, campé par Niels Arestrup. Le décor - un bureau Napoléon, bien sûr, et des rideaux clairs - et les magnifiques costumes de Pascale Bordet composent un cadre solennel à ce spectacle court, d'une heure, drôle, élégant et brillant.



 
     
 
     
  Fousdetheatre.com  
 


12/10/2012
Le Bonaparte éclatant de Jean d'Ormesson et Maxime d'Aboville...

Le théâtre Hébertot présente la transposition scénique de "La Conversation" de Jean d'Ormesson, ouvrage paru l'an passé. Cet échange imaginaire entre Bonaparte et son second consul, Cambacérès, se révèle brillant d'intelligence, plein d'esprit, et superbement porté par deux grands comédiens, soigneusement dirigés par Jean-Laurent Silvi. Pas vraiment adeptes ni connaisseurs de l'histoire napoléonienne, nous avons cependant beaucoup apprécié ce moment de théâtre tout à fait exquis.

C'est un Bonaparte premier consul de la république en passe de s'autoproclamer empereur que le célèbre académicien nous donne à voir et à entendre ici (la quasi totalité de ses propos sont authentiques). Le futur Napoléon 1er fait en effet part de son projet d'empire à un Cambacérès stupéfait mais admiratif, sous le charme, bluffé par l'ascension fulgurante de son interlocuteur, conquis par une audace, une détermination incroyables et un sens politique hors du commun, qui finira par approuver ce dessein, malgré sa folie, et lui confirmer sa fidélité.

La plume de l'auteur, qui mêle habilement l'historique au futile, est vive et maligne, à l'image de son héros. On semble d'ailleurs percevoir l'oeil pétillant de d'Ormesson dans celui de Bonaparte. D'autant qu'il est incarné par un Maxime d'Aboville dont la prestation nous a plus que convaincus.

Le jeune homme deux fois nommé aux Molières, à la diction acérée, d'une sublime précision, au débit parfois saisissant, impose malgré son jeune âge une autorité naturelle remarquable et laisse transparaître dans ses regards, ses mouvements et ses silences la matière grise toujours en effervescence du personnage. L'acteur maîtrise magnifiquement son instrument, atteignant l'apogée de son art au cours d'une réjouissante tirade (à l'intérêt historique certes secondaire) évoquant une abracadabrantesque dispute de femmes à propos d'un châle à laquelle il mit un terme, dont la narration s'emballe de manière vertigineuse et se conclut par une salve d'applaudissements.

Face à lui, tout en écoute et en complicité, Alain Pochet délivre un jeu d'une grande subtilité. La délicatesse et la finesse de son Cambacérès s'allient harmonieusement à l'entrain permanent de son partenaire.

Très beau duo.

Allez-y !