Retour à la pièce
  Extraits de presse
  Fiche technique
Volpone ou le renard
Volpone ou le renard
extraits de presse

     
  Le Figaro  
 


Volpone, une pièce en or

Par Nathalie Simon
Publié le 14/09/2012

Roland Bertin est irrésistible dans le rôle du vieillard roué qui promet son héritage à tout le monde.

Incroyable Roland Bertin! Il aura dû attendre 82 ans pour s'illustrer dans Volpone ou le renard, la pièce du dramaturge anglais Ben Jonson (1572-1637). Nicolas Briançon qui revisite cette farce noire et corrosive sur la cupidité a donné les pleins pouvoirs au comédien qui montre là l'étendue de son savoir-faire. Du grand art!

Toute la troupe est sur la même longueur d'ondes pour relater la fausse agonie du vieillard qui laisse croire à des proches que chacun d'eux sera son héritier. Aidé par son comparse, le parasite Mosca (prodigieux Nicolas Briançon), Volpone «tient en haleine» l'avocat Voltore (très juste Pascal Elso), le senior Corbaccio (Yves Gasc) et le marchand Corvino (irrésistible Grégoire Bonnet). Tout ce petit monde se presse autour de son lit dans l'espoir d'attirer ses ultimes faveurs. C'est à celui qui offrira le plus gros présent. Corvino accepte même de lui céder sa femme (parfaite Barbara Probst), Corbaccio va jusqu'à spolier son fils (Matthias van Khache).

Boudeur, coquin et capricieux


Nicolas Briançon a lu l'adaptation de Jules Romains et de Stefan Zweig transposée sur scène par Charles Dullin, en 1928. Il a également vu le film de Maurice Tourneur avec Louis Jouvet, Jacqueline Delubac et Harry Baur. S'il a respecté l'écheveau, il a pris soin d'y ajouter quelques brins de modernité. La catin de l'histoire, Anne Charrier, évoque la «conjoncture difficile» à Venise. «Tu verras un jour, on mettra des amendes aux clients...», prédit-elle.

Rien n'est laissé au hasard ici. Le décorateur, Pierre-Yves Leprince, a imaginé une gigantesque salle de coffres-forts remplis d'argent et d'objets précieux. «Que pourrais-je faire à part dorloter mon génie?», se réjouit Volpone.

Statique, couché ou assis, Roland Bertin reste pourtant royal. Ses mines d'enfant boudeur, coquin et capricieux, grandiose en bateleur, marquent définitivement le rôle du vieux renard, à la fois roué et crédule. Et offrent, comme le promet Philippe Laudenbach en préambule, des «larmes de rires exquises de fraîcheur» au public. Dans le même temps, généreux, l'acteur n'enlève rien à ses partenaires qui disposent d'une grande liberté pour jouer eux aussi leur partition. Quelle pièce terrible! Qui montre la puissance de la richesse, «dieu muet qui fait courir les hommes», égratigne en passant les médecins, la religion, la nature humaine enfin dans toute sa vilenie.


 
     
 
     
  ELLE  
 


On a a-do-ré ! Et donc on conseille d'y aller à tout individu normalement constitué d'aller voir ce chef d'oeuvre drôle, corrosif, brillant, avec Roland Bertin et Nicolas Briançon au delà de l'inspiration !

Mais de quoi on parle au fait ?

Entre roman noir et comédie italienne, Volpone ou le renard est une pièce anglaise écrite par Ben Jonson en 1606. Volpone est à l'affiche du Théâtre de la Madeleine à partir du 12 septembre. Retrouvez Roland Bertin dans l'un des plus grands rôles du répertoire revisité par Nicolas Briançon avec une équipe prestigieuse de comédiens et danseurs réunis autour de lui!

Dramaturge, comédien, poète, critique et personnalité littéraire à l'influence considérable sur son temps, Ben Jonson (1572 ?-1637) fut le contemporain de Shakespeare et de Marlowe. Maître de la » comédie de m½urs » à l'époque élisabéthaine, on lui doit surtout le très sarcastique Volpone (pièce en cinq actes créée en 1605), universel chef-d'½uvre de l'histoire du théâtre.

À Venise, au XVIe siècle, le marchand Volpone, mis en prison pour dettes, y fait la connaissance du rusé larron Mosca. Un coup de chance lui ayant rendu richesse et honneur, et sur le conseil de Mosca devenu son intendant, Volpone fait croire à sa mort prochaine pour duper ceux qui l'ont accablé, en leur promettant son héritage...

La pièce de Ben Jonson fut adaptée en allemand par Stefan Zweig (création à Vienne en 1926) et en français par Jules Romains (création au Théâtre de l'Atelier en 1928 avec Charles Dullin en Volpone).


 
     
 
     
  Les Echos  
 


L'imposture et l'argent

Par Philippe Chevilley | 24/09

On s'est bien amusé en revanche au Théâtre de la Madeleine, ou Nicolas Briançon propose une relecture joyeuse et noire de « Volpone » de Ben Jonson. Le metteur en scène qui nous avait séduit avec son adaptation « seventies » du « Songe d'une nuit d'été » a pris d'avantage de liberté encore avec la farce du rival de Shakespeare. Pas tant dans sa transposition scénique - une Venise vaguement XIX e siècle -que dans les dialogues... très XXI e siècle. L'histoire de ce riche bourgeois cousu d'or qui vénère l'argent et fait croire à ses potentiels héritiers qu'il est à l'article de la mort, avec la complicité de son serviteur Mosca, devient fable explosive de notre temps sur la cupidité, les liaisons sulfureuses entre sexe et argent (le marchand Corvino prêt à offrir sa femme au vieux « renard » agonisant...).

Immense Roland Bertin

Sur une bonne idée de départ - un palais chambre forte -, le décor trop lourd ne convainc pas tout à fait. Mais l'essentiel de la réussite du spectacle tient à son interprétation. Tous les personnages sont campés avec intelligence et malice. Nicolas Briançon est un troublant Mosca, calculateur et glacé ; et Roland Bertin un immense Volpone - cocasse, odieux et bouleversant à la fin, quand il confesse sa tendresse pour son valet félon (comme d'autres avant lui, Briançon a changé la fin de la pièce : Mosca empoche l'argent de Volpone et le chasse de chez lui).

PHILIPPE CHEVILLEY