Image Pièces Fauteuils de théâtre
   
 
   
   
Affiche pièce Faire danser les alligators sur la flûte de pan
PRESSE
  Faire danser les alligators sur la flûte de pan
Le JDD
Fous de théatre.com
Telerama
 
 
 

   
LE JDD
 
 


22 novembre 2014


Denis Lavant retrouve Céline

La correspondance de Céline donne matière à Faire danser les alligators sur la flûte de Pan, mis en scène par Ivan Morane.

Une table, un lit, un piano. Nous sommes chez Céline, dans son pavillon de Meudon, le 30 juin 1961. L’écrivain écrit une lettre à Gaston Gallimard, son éditeur. La lettre restera inachevée. Dos courbé, pantalon avachi, parlant comme pour lui-même, entouré de ses livres, Denis Lavant est Céline. L’écrivain voulait faire ressentir la vie, "rendre le parlé en écrit". En formules imagées, il s’exprime sur son style : "On prend la langue et on la tortille" ou encore "J’écris comme un médium fait tourner les tables". Et, côté inspiration : "J’ai en moi mille pages de cauchemar en réserve". Restituée par Lavant qui donne à entendre pleinement, splendidement, cette langue, l’écriture célinienne vibre de tous ses tréfonds et de son épaisseur grasseyante

Son interprétation est prodigieuse. Emile Brami, grand spécialiste de Céline, a puisé dans la correspondance de l’auteur de Mort à crédit la matière de ce spectacle dru, impétueux, qui n’élude rien de ses humeurs et de ses acrimonies, et met son génie en lumière sans éluder le problème de l’antisémitisme. L’écrivain s’en donne à cœur joie dans la critique de ses contemporains, les "autres". Sa verve n’a d’égale que ses fulgurances misanthropiques, sa mauvaise foi et sa haine de ses concurrents en littérature. De Proust, "l’Homère des invertis", à Sartre, "la petite ordure", la hargne est épaisse, le vocabulaire émaillé de "trous du cul" et "enculage". Sous le petit gilet de l’écrivain, le comédien est particulièrement à son affaire, qui, à l’instar de son modèle, suit "l’émotion avec les mots", hisse le style au plus haut, tout entier au service de l’écriture, en une étonnante osmose.

Annie Chénieux


 
FOUS DE THÉÂTRE.COM

29 novembre, 2014 / par Thomas Baudeau /

Denis Lavant, prodigieux et subjuguant monstre de théâtre…

A l’Oeuvre, l’acteur incarne magistralement, viscéralement, de tout son être Louis-Ferdinand Céline, personnalité complexe aussi talentueuse qu’abjecte. S’emparant du montage d’Emile Brami composé de centaines d’extraits de correspondances ou romans du père de “Mort à Crédit“ (pas un mot qui ne soit authentique, impressionnante dentelle dramatique !), il produit, sous la direction d’Ivan Morane, un portrait saisissant et un moment de théâtre exceptionnel baptisé “Faire danser les alligators sur la flûte de pan“, à découvrir sans faute d’ici au 10 janvier si vous ne l’aviez vu aux Déchargeurs lors de son précédent passage par la capitale.

La partition met en scène l’écrivain à son domicile de Meudon en 1961, le soir de sa mort, rédigeant un courrier à l’attention de son éditeur. Tandis que la radio annonce sa disparition, un flash back le ramène parmi nous et lui permet d’évoquer ses oeuvres, ses méthodes de travail (notamment sa manière de “retenir la vie entre ses mains“, de “forcer le langage parlé en un rythme de chanson“ pour créer une “symphonie littéraire“ à l’image de “Voyage au Bout de la Nuit“…), mais aussi les rapports houleux qu’ils entretient avec le monde de l’édition, son mépris pour la plupart de ses “confrères“ auteurs, ses pamphlets nauséabonds, ses positions racistes, antisémites, homophobes…

Grommelant, s’enthousiasmant, vitupérant, éructant… Torturé, passionné, infect… Hilarant, glaçant, captivant… Denis Lavant plonge avec virtuosité dans le sublime comme dans la fange du monologue (parfois de la logorrhée) de son troublant personnage. Fait superbement sienne la “musique Célinienne“. Dévore les mots, enflamme le plateau, hypnotise le public. Régurgite la haine avec une force rare. Capte et diffuse de façon similaire l’intelligence, l’humour, la grâce. Ses transformations physique et vocale sont par ailleurs bluffantes.

Rien à redire…

Foncez !


   
 
TÉLÉRAMA
 
Faire danser les alligators sur la flûte de Pan

Avec ses tics, sa démarche cahotante, son rythme haletant, son dos presque bossu et ses airs de vieux bouffon, Denis Lavant est prodigieux en docteur Destouches, qui n'est autre que Céline. Il trouve un chemin, pourtant pas facile, entre le personnage acariâtre, misanthrope, antisémite et antipathique qu'il fut, et l'écrivain génial accomplissant un travail harassant pour « faire jouir la langue », en la faisant passer de l'oral à l'écrit. Emile Brami a constitué un montage de textes, tous de Céline, qui fonctionne très bien. On rit des vociférations de l'écrivain contre la bêtise humaine, de sa mauvaise foi dans ses prises de position. Sur le plateau, l'acteur fait entendre une langue puissante, charnue, jubilatoire. Le spectacle est un grand moment de plaisir qui permet d'appréhender le projet de cet auteur pour qui « faire sentir est plus important que raconter ».
   
 
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