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Théâtre

The Servant


La jolie surprise ! Après le grand film de Joseph Losey (1963) dont le scénario avait été écrit par le dramaturge Harold Pinter, on ne s’attendait certes pas à trouver sur un plateau de théâtre huis clos si étouffant, rapport de domination si insondable, et si mystérieuse descente aux enfers de soi et aux abîmes de la sexualité. Grâce à l’interprétation sensible et pointue des comédiens (Maxime d’Aboville et Alexie Ribes en tête), grâce à la mise en scène sobre et toujours tenue de Thierry Harcourt, on s’abandonne à l’opacité des conduites, l’ambiguïté des êtres, la perversité des relations maître-valet. La reconstitution de l’ambiance années 50 fonctionne avec presque rien, les lumières crépusculaires ajoutent au malaise, promenade délectable au royaume du « mal »…

Fabienne Pascaud.
   
 
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The Servant : un spectacle haletant

Par Armelle Héliot le 7 février 2015

Thierry Harcourt rêvait depuis longtemps de mettre en scène la pièce originale de Robin Maugham. Il signe, au Poche-Montparnasse, un spectacle très réussi porté par des comédiens remarquables en tête desquels Maxime D'Aboville et Xavier Lafitte.

La star, ici, évidemment, c'est le titre, c'est le film de Joseph Losey sur un scénario d'Harold Pinter.
Ceux qui l'ont vu, revu, on du mal à l'oublier ? Et comment, en effet, ne pas oublier Dirk Bogarde, terriblement inquiétant et James Fox, terriblement séduisant.

Or, et c'est la profonde réussite de ce spectacle, on est immédiatement happé par une atmosphère, des personnages, une action, un suspens, et cela fait que l'on ne pense pas du tout au film. Ou l'on y pense comme à un très bon souvenir de cinéma.
Le film date de 1963. Il est en noir et blanc. Pinter s'était appuyé sur le roman éponyme de Robin Maugham, le neveu de Somerset Maugham. Un roman, et donc une pièce. Thierry Harcourt, lui, a choisi de revenir à la pièce.
Il y a moins de personnages secondaires dans la pièce que dans le film. Mais il y a un petit plus très important dramaturgiquement : le meilleur ami de Tony, Richard, très bien interprété par Adrien Melin. Il n'existe pas dans le film.

On retrouve la situation dans un décor très intelligemment développé sur la scène du Poche par Sophie Jacob, avec des lumières de Jacques Rouveyrollis et Jessica Duclos. Dans des costumes qui "sonnent" très années cinquante-soixante et imaginés par Jean-Daniel Vuillermoz, les protagonistes sont bien les mêmes.

Un jeune homme indolent qui s'installe à Londres, dans une maison de ville un peu décatie : il vient de passer plusieurs mois en Afrique et il veut oublier...Xavier Lafitte, avec sa silhouette d'adolescent désinvolte et charmeur, est parfait.
Sa fiancée, Sally, la délicieuse, fine, précise Alexie Ribes, tente de le secouer. Et elle va très vite s'inquiéter de l'ascendant que prend le majordome sur son amoureux.
Tony, qui a des moyens et ne se presse pas de retrouver du travail, engage donc un homme pour tenir sa maison. Surgit Hugo Barrett, raide, raie bien tracée dans ses cheveux noirs, tout de noir vêtu et parlant en articulant avec une déférence presque 'immédiatement angoissante. Maxime D'Aboville, si léger et mobile d'habitude, est ici grave, pesant littéralement...Et ce dès qu'il surgit. Et il est fascinant du début à la fin. Une grande composition, avec une recherche de ce qu'il peut inspirer d'inquiétant, de violent, qui est impressionnante.
Faut-il en dire plus ? Bientôt, Barrett présente sa nièce à Tony. Il a trop de travail, il faut quelqu'un pour l'aider. Cette jeune insolente de Vera est portée par une jeune comédienne de vingt ans qui fait ses premiers pas au théâtre -elle a un tout petit peu tourné. Elle est étourdissante avec sa voix acide, sa vérité confondante, son charme étourdissant. Elle se nomme Roxane Bret : elle joue également Kelly, une autre apparition dangereuse et diabolique.

La traduction de Laurent Sillan est fluide, efficace. On rit beaucoup. Les silences comptent autant que les mots.
Les cinq interprètes sont excellents et très bien dirigés. Les timbres, l'articulation, la manière de parler de chacun, tout dit le trouble, la menace, la peur, la folie...

Thierry Harcourt signe là une perfection de spectacle, divertissant et très plaisant, et les interprètes se surpassent dans l'ambiguité tout en demeurant dans l'économie de l'expression. Ils sont sobres et profonds comme de grands comédiens britanniques !

Bref, un des meilleurs spectacles à partager !
   
 
Les Echos

« The Servant »: valet de pique au Théâtre de Poche

Philippe Chevilley

« The Servant », qui fait le buzz au Théâtre de Poche Montparnasse, n’est pas une adaptation risquée du chef-d’œuvre de Joseph Losey (1963). Comme le film, le spectacle est tiré de l’œuvre de Robin Maugham. Neveu de Somerset Maugham, l’écrivain anglais (mort en 1981) fit d’abord un roman en 1948, puis une pièce, dix ans plus tard, de cette troublante histoire d’inversion des rôles entre un maître et son serviteur. C’est cette comédie dramatique, traduite par Laurent Sillan et mise en scène par Thierry Harcourt, que l’on peut voir dans la salle parisienne – un choix qui évite de se fo?caliser sur la comparaison délicate théâtre-cinéma.

Le maître devenu esclave
Un jeune aristocrate, Tony, de retour d’Afrique, emménage dans une grande maison vide à Londres. Pour s’en occuper il prend un domestique aux références prestigieuses, Barrett.
Ce dernier, serviteur (trop) parfait, prend vite l’ascendant sur son employeur. Malgré les avertissements de son meilleur ami, Richard, et de sa fiancée Sally, Tony se laisse « envahir » par Barrett et sa prétendue nièce Vera, jusqu’à former un trio infernal. Le maître, consentant, est devenu l’esclave de son valet… Pas d’audaces formelles dans la mise en scène de Thierry Harcourt, qui se contente de coller au texte, efficace et vif. Pas de transposition hasardeuse : les éléments de décor, les costumes et la bande-son jazzy évoquent le Londres des années 1950.
Ce parti pris vintage rend immédiatement crédible cette fable « so british » sur la lutte des classes, aux accents fantastiques et sadomasochistes. « The Servant » préfigure sans conteste le théâtre de la menace d’Harold Pinter, qui signera d’ailleurs le scénario du film de Losey…
Cette menace insidieuse, feutrée, puis de plus en plus lourde, plane sur le Théâtre de Poche, grâce au jeu précis et subtil des comédiens. Maxime d’Aboville est un diabolique valet, mi-sophistiqué mi-gangster. Xavier Lafitte exprime toute la mollesse et les pulsions suicidaires de Tony. Adrien Melin campe un Richard élégant et romantique. Alexie Ribes incarne Sally avec clarté et un soupçon de détresse bienvenu. Roxane Bret, dont c’est le premier rôle au théâtre, interprète avec piquant les (deux) rôles de fausses ingénues, Vera et Kelly.
Le public se prend au jeu, rit souvent – mais jaune – aux rebondissements de ce thriller « faustien », où s’expriment les frustrations, les désirs de pouvoir ou de soumission… et l’infinie tristesse des hommes.
   
 
LE CANARD ENCHAINÉ

THE SERVANT

Le maître serviteur de son valet

L’auteur britannique Robin Maugham (1916 – 1981), neveu de Somerset Maugham, a lui-même tiré de sa nouvelle « The Servant » cette pièce, qui fut jouée à Londres, avec succès en1958. Quelques années plus tard, le film de Joseph Losey (sur un scénario d’Harold Pinter), avec la participation de Dirk Bogarde, donna à l’oeuvre une audience internationale.

De retour d’un long séjour en Afrique, le jeune aristocrate Tony s’installe à Londres dans une maison confortable. Il engage immédiatement un valet, Barrett, qui présente apparemment toutes les qualités : prévenant, dévoué, bricoleur, décorateur et…cuisinier hors pair. Le serviteur transforme la maison et fait tout pour être agréable à son maître. Il va le couver, le gâter, le pourrir. Tony, paresseux, aime avant tout son confort. Insensiblement, il abandonne sa volonté entre les mains du serviteur, se sent comme un coq en pâte : « Je sais que tout sera fait (…). Je n’ai jamais été aussi bien traité de toute ma vie. »
Xavier Lafitte, qui excelle à donner au personnage de Tony cette nonchalance aboulique, impose une présence souriante, complaisante même. C’est une régression consentie, jusqu’à se retrouver esclave.
Face à lui, Maxime d’Aboville joue un Barrett étrange, impassible, obséquieux, de plus en plus sûr de lui. Sa froideur distante le fait vite apparaître comme une menace. Si le serviteur zélé a une revanche sociale à prendre (il ne peut cacher l’humiliation permanente du domestique : « Je fais votre cuisine, je lave vos chaussettes, et je ramasse celles que vous laissez traîner sous le lit quand vous avez passé la nuit avec une fille que j’ai été assez stupide ou généreux pour rabattre ici » ), l’emprise qu’il prend sur son employeur révèle une perversité dangereuse.
Exploitant les faiblesses de Tony, il le décourage de retrouver une activité, favorise son oisiveté pour le tenir davantage à sa merci, entretient sa dépendance grandissante à l’alcool et enfin, réussit à le séparer de sa fiancée, Sally (Alexie Ribes campe une ravissante mondaine en proie à l’inquiétude), de son meilleur ami, Richard (Adrien Melin, élégant, ironique). Bientôt, maison et maître sont sous contrôle absolu. Il installe alors sa maîtresse (Roxane Bret) à domicile.

Peinture d’un monde privilégié (dans l’Angleterre des années 50) en train de se craqueler, de vaciller, nous assistons à un bouleversement social des hiérarchies. C’est surtout un chef-d’oeuvre de manipulation.
La mise en scène fine et sensible de Thierry Harcourt (qui partage son activité entre Paris et Londres) s’attache à rendre l’atmosphère d’un quartier cossu londonien. Dans ce décor paisible, le désordre peu à peu s’installe sur scène, l’angoisse devient davantage perceptible avec, accompagné d’une musique de jazz, un dialogue rapide qui entretient le suspense.
C’est un plaisir de découvrir la version théâtrale de « The Servant ». Ce huis clos sulfureux prend ici toute sa dimension : le mécanisme de la prise de pouvoir d’un ambitieux médiocre, haineux, sans scrupules ne manque pas d’interroger. Ça peut servir.

Jacques Vallet
   
 
TÉLÉRAMA

LA CHRONIQUE DE FABIENNE PASCAUD

Qu'est-ce qui se cache derrière les mots? Qu'est-ce qui s'y murmure, qu'il faut entendre ou qu'il est préférable d'ignorer? Le défunt Britannique Harold Pinter (1930-2008) fut des premiers à privilégier au théâtre le sous-texte et ses vertigineux non-dits.
Un ténébreux film de Joseph Losey, The Servant, sur un scénario du futur Prix Nobel, en témoigna en 1963, sur grand écran noir et blanc, avec une troublante ambiguïté.
Et voilà qu'on peut admirer aujourd'hui sur les planches l'œuvre originale de Robin Maugham (le neveu ombrageux et frustré du très célèbre Somerset) sur laquelle travailla Pinter, œuvre scénique elle-même adaptée par Maugham de son roman paru en 1948…

A l'époque, l'Angleterre victorieuse se remettait vaille que vaille des rigueurs de la guerre. Son ancestrale société aristocratique, avec ses codes, ses hiérarchies, ses rituels, commençait à se sentir ébranlée, tournant à vide dans un monde devenu chaotique.
Le jeune lord de The Servant, Tony, en est - dans la mise en scène nerveuse et retenue de Thierry Harcourt - le parfait écho. Il revient de loin, sans doute de quelque vieille colonie, pour s'installer dans un quartier chic de Londres dans un appartement qu'on a choisi pour lui. Tony (Xavier Lafitte), séduisant dandy qu'attend depuis des années Sally (Alexie Ribes), semble en effet d'emblée brisé par on ne sait quelle aventure passée, fatigué d'exister, plus capable de s'investir et d'agir. Ainsi va-t-il peu à peu se laisser dominer, manipuler par l'énigmatique domestique qu'il a embauché, contre l'avis de ses amis, sur un étrange coup de tête : Barrett (Maxime d'Aboville).
L'homme prend insidieusement la main sur tout: la décoration de l'appartement, la cuisine, la santé et l'agenda du maître, auquel il conseille bientôt de ne plus travailler, voire de ne plus sortir. Et l'aristocrate en mal d'être se laisse sombrer dans un filet d'oisiveté qui mystérieusement le contente. Jusqu'à n'être plus que le jouet d'un valet qui l'asservit dans sa sexualité même, au travers d'un irrespirable huis clos où le maître devient vite esclave et l'esclave maître.

Dialectique classique depuis l'Antiquité, et décryptée par Hegel dès 1807 ? Les choses ne sont pas si simples dans The Servant. Non seulement s'y glissent la parfaite complaisance du maître dans sa déchéance - et sans doute même sa jouissance, mais aussi une homosexualité tacite entre Tony et Barrett, dans une société hiérarchisée et sclérosée où les femmes sont étrangement réduites à l'état d'objets délicieux mais vains, quasi transparents. Et l'interprétation délicate et hypersensible d'Alexie Ribes donne encore plus de relief à la misogynie secrète de la pièce.

Dans un décor qui évolue au fil de la descente aux enfers du maître consentant, la révèle dans ses éclairages, ses accessoires, tel un miroir, on suit comme un polar ce jeu quasi animal entre les êtres. Jusqu'où peut-on aller dans la volonté de détruire l'autre - et pourquoi? - et dans l'acceptation de déperdition de soi - et pourquoi ? Spectacle aussi dérangeant que fascinant, sombre messe noire où l'on sent l'emprise indicible du mal, où Barrett se fait le Méphistophélès d'un diable toujours présent.

Entouré de comédiens doués qu'il a dirigés avec une rigueur, une réserve qui ne laissent que mieux deviner leurs abîmes - Maxime d'Aboville est exceptionnel de noirceur sophistiquée et incompréhensible, il ferait presque oublier le Dirk Bogarde du film de Losey -, Thierry Harcourt nous fait pénétrer dans des tréfonds de soi, de l'autre, qu'on préfère éviter car ils sont le lieu de toutes les tragédies possibles, de tous les crimes, de toutes les horreurs. Au son du jazz de l'époque, et restituant à merveille le style cinquante, sa mise en scène serrée, tenue, savamment « british» comme dans les films de genre, ne se vautre jamais dans le sentiment.
Un constant humour noir l'en empêche. Et nous retient au bord du gouffre.
   
 
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