Image Pièces Fauteuils de théâtre
   
 
   
   
Affiche pièce Le Poisson Belge
PRESSE
  Kiki de Montparnasse
Le Figaro
Les trois coups
Télérama
 
 
 
 
   
LE FIGARO
 
 

Par Armelle Heliot


Heureuse vitalité

Le troisième spectacle consacré à Kiki de Montparnasse se donne au Lucernaire. C'est un projet ancien du compositeur Reinhardt Wagner et de sa fille, comédienne, danseuse, chanteuse, Héloïse Wagner. Cette délicieuse enfant de la balle - dont la maman, Tania Torrens, a longtemps fait partie de la troupe de la Comédie-Française - est aussi charmante et sensuelle que son illustre modèle.
Son metteur en scène, le cinéaste Jean-Jacques Beineix - Reinhardt Wagner a composé la musique de plusieurs de ses films - s'inspire de l'heureuse vitalité d'Héloïse Wagner. Le décor, qu'il a lui-même conçu, évoque un atelier avec son séduisant bric-à-brac de meubles, de sièges, de bouquets de pinceaux, de palettes, de statues, de miroirs. Sur un grand écran sont diffusées des images vidéo de Christian Archambeau qui soutiennent l'imagination.
Kiki chante, et les textes de ce grand maître qu'est Frank Thomas ajoutent au charme de la représentation. Dans un coin du plateau, Rémi Oswald à la guitare (en alternance avec Jean-Yves Dubanton) et Rodrigue Fernandes à l'accordéon accompagnent la jeune artiste au tempérament radieux et tonique. Héloïse Wagner est une Kiki pleine de grâce et de mélancolie. Très touchante et «vraie»!.


 
LES TROIS COUPS - LE JOURNAL DU SPECTACLE VIVANT

" Kiki de Montparnasse ", d’après " Souvenirs retrouvés " de Kiki de Montparnasse, Le Lucernaire à Paris


Kiki ressuscitée

Par Vincent Morch


Imaginé par une pléiade d’artistes dont le talent n’est plus à démontrer (Frank Thomas pour les paroles, Reinhardt Wagner pour la musique, Jean Jacques Beineix pour la mise en scène), ce spectacle retraçant la vie d’une grande figure des Années folles parisiennes, égérie d’artistes renommés (Soutine, Modigliani, Foujita, Kisling, Man Ray…), fait preuve d’une étonnante humilité. Loin du tape-à-l’œil facile et des effets de manche hystériques, il se met tout entier au service de son interprète, l’excellente Héloïse Wagner, pour lui permettre de ressusciter sous nos yeux cette femme émouvante et fragile.
Une femme en kimono est accroupie sur la scène. Brune, coiffée à la garçonne et très maquillée, son visage nous est familier. Nous l’avons tous au moins rencontré une fois, en vagabondant dans des boutiques d’affiches, en feuilletant des ouvrages sur l’histoire de la photographie. C’est Kiki de Montparnasse, de son vrai nom Alice Ernestine Prin (1901-1953), cette belle jeune femme que Man Ray a immortalisée avec les ouïes d’un violon dessinées sur le dos. Autour d’elle, tout un bric-à-brac hétéroclite et vieillot : un miroir, un pot de pinceaux, un mannequin de couture, deux têtes de statue, un large fauteuil… Au fond à gauche, on remarque un grand écran.
Si cette profusion d’accessoires contraste avec les scénographies dépouillées que l’on rencontre souvent, l’usage qui en est fait est étonnamment sobre. L’écran est ainsi utilisé de manière ponctuelle, en guise de discret contrepoint visuel à certaines scènes évoquées (une chambre à coucher vide ou des cartes postales, par exemple). Les pinceaux, une seule fois, s’illuminent d’ampoules multicolores au moment où est figuré un haut lieu de la fête.
Kiki de Montparnasse manie dès lors un goût du paradoxe délicat et se joue avec intelligence de l’attente du spectateur. Là où l’on pouvait prévoir un festival un peu baroque, on découvre une mise en scène simple, économe et douce, où tout semble pensé sans jamais être empesé. Elle libère ainsi un espace où l’interprète est réellement libre d’aller chercher son personnage aux tripes, en l’assistant parallèlement, grâce à la mesure qu’elle impose, pour trouver le ton juste. Elle est, en d’autres termes, réellement réfléchie pour l’acteur, pour l’aider à se connecter à son rôle et pleinement le valoriser.
Ses blessures inguérissables
Pour que ce dispositif fonctionne, il faut bien sûr avoir affaire à une interprète de premier ordre. Héloïse Wagner est incontestablement à la hauteur de cette exigence. Au cours du spectacle, elle sait passer subtilement de la revendication joyeuse de la vie que Kiki mène à l’aveu de ses blessures inguérissables d’enfant mal aimée et d’amoureuse délaissée. À mes yeux, le moment le plus beau de la pièce est celui de la mort de sa mère où, contre toute attente, Héloïse Wagner enlève sa perruque et révèle sa chevelure blonde : un geste tout simple, mais qui exprime à merveille qu’à ce moment-là, le masque est tombé.
Héloïse Wagner brille aussi dans son interprétation des chansons de Frank Thomas et Reinhardt Wagner, qui constituent la moitié du spectacle, les chansons illustrant chaque épisode relaté de la vie de Kiki. Irréprochable dans la justesse musicale, elle parvient à faire vibrer tout ce que ces mélodies simples et ces mots choisis – sans être jamais affectés – contiennent d’émotion. Les évocations de la mort de Modigliani et de son amour par Man Ray sont de petits bijoux.
Un mot, encore, sur les textes dans leur ensemble, qui se distinguent également par leur grande justesse, en se tenant éloignés de deux tentations : celle de vouloir créer un effet de réel un peu vain par la recherche d’un langage argotique, celle d’employer une langue littéraire pompeuse comme on en entend malheureusement trop souvent sur les scènes. À la fois précise, simple et élégante, celle que l’on entend ici est un plaisir pour les oreilles, le cœur et l’intelligence.
Certes, des esprits chagrins pourraient reprocher à ce spectacle une facture trop classique, ou une structure trop systématiquement fondée sur l’alternance des saynètes et des chansons. Il n’en demeure pas moins remarquable par sa précision, sa finesse, et la qualité de son interprétation. Une très belle leçon de théâtre.

   
 
TÉLÉRAMA

Kiki de Montparnasse

Mise en scène de Jean-Jacques Beineix, musique de Reinhardt Wagner.
Durée: ihl5. Jusqu'au 18 oct. 2h30 (du mar. au sam.), 19h (dim.),
Lucernaire, 53. rue Notre-Dame-des-Champs, 6e,
01 45 44 57 34. iucernaire.fr. (11-26 €).

Kiki, l’égérie du Montparnasse des années 20, a séduit le cinéaste Jean-Jacques Beineix, dont la première mise en scène s’interdit la monotonie. Une alternance bien menée entre monologues et chansons évoque l’existence en dents de scie de Kiki, irradiée de rires et de fêtes, vibrante de passions amoureuses (notamment pour Man Ray) d’amitiés célèbres (Modigliani, Foujita...), mais aussi balafrée de larmes et de drames. Un guitariste, un accordéoniste, un décor habilement simplifié, et la magie opère. Héloïse Wagner se tient à juste distance d’un personnage qui pourrait déraper vers un abus de futilité... ou un excès de pathos. Tour à tour ardente, marrante, émouvante, la comédienne, par la grâce puissante de son jeu, tient cette Kiki-là à tout de bras et de voix.

S.Be.
   
 
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