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Jacques Weber, généreux Avare…

10 octobre, 2015 / par
Thomas Baudeau

De facture en définitive assez classique mais solide et affirmée, la mise en scène de Jean-Louis Martinelli qui transpose la noire comédie de Molière à notre époque donne à voir un Jacques Weber en forme olympique retrouvant enfin, vingt ans après Tartuffe, un de ses auteurs de prédilection. Au Déjazet, l’acteur met sans retenue sa fabuleuse nature de théâtre au service d’un Harpagon inquiétant, profondément malade, sous tension, violent, n’oubliant pour autant de provoquer les rires. Entouré de Christine Citti, élégante, pétillante, épatante dans le rôle de l’entremetteuse Frosine, et de jeunes partenaires ne manquant ni de talent ni de caractère, il conduit avec brio cette charge évidemment intemporelle contre la soif de posséder, l’égoïsme, l’individualisme. Des maux aux incidences fâcheuses sur l’entourage de celui qu’il incarne.

Car en sa demeure, le vieux bourgeois imaginé par Poquelin conjugue à l’extrême le verbe avoir à la première personne du singulier, tentant de masquer l’existence d’une fortune dont il craint amenuisement ou disparition. Par souci d’économie, oblige le pauvre Maître Jacques à porter la double casquette de cuisinier-cocher. Impose à ses enfants, Cléante et Elise, une vie des plus austères, projette de les marier sous peu à d’avantageux partis (avantageux pour lui…), n’ayant cure de leurs amours en cours, et prépare sans qu’il lui coûte rien son remariage avec une demoiselle qui pourrait être sa fille. Celle-ci étant la bien aimée de Cléante

Un salon tout en boiseries uniquement meublé d’un fauteuil et d’un tapis. Pas une chaise, pas une table, aucun bibelot sur les murs. Occupant l’intégralité d’un placard, des dizaines de bouteilles en plastique que l’on suppose régulièrement rechargées en eau du robinet (minimum vital guère onéreux…). Décor signifiant réussi qui en dit long sur le propriétaire apparaissant depuis une porte dérobée, en bras de chemise, une pelle dans la main droite, un sac poubelle contenant son magot, sa “chère cassette“ dans la gauche. Direction le jardin pour l’y ensevelir. A son retour il fait les poches de La Flèche, domestique qu’il soupçonne de vol. Toutes les poches, y compris la poche kangourou ! Car le pauvre homme finit nu comme un vers, physiquement ébranlé, la chemise arrachée, la doublure de sa veste déchirée afin d’être scrutée. Cette séquence donne le ton de la représentation. “L’Avare“, homme secret, tyran dangereux, menaçant, n’ayant pas peur d’en venir aux mains pour peu qu’on en veuille à son bien ou que l’on contrarie ses plans…

Jacques Weber est donc remarquable. Inattendu. D’un calme glaçant quand on l’attend tonitruant. Et inversement. Pervers à souhait, effrayant, d’une sublime laideur, superbement pathétique dans la fameuse tirade (“Au voleur, à l’assassin…“). La fin qu’il a choisie avec Martinelli pour son personnage, lorsqu’il retrouve son or, redonne par ailleurs un peu de force à une happy-end faiblarde (pardon Molière !). Les malmenés s’en tirent fort bien.

On a aimé le bouillonnant et tourmenté Cléante d’Alban Guyon, le narquois valet de Jacques Verzier (La Flèche), le Valère déterminé de Rémi Bichet (belle netteté de jeu), mais aussi la sensibilité d’Elise et Marianne, portées par Sophie Rodriguez et Marion Harlez Citti. Bon moment de théâtre.
Allez-y !


 
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Jacques Weber, la tragédie d'Harpagon


Par Armelle Héliot le 5 octobre 2015


Au Dejazet, Jean-Louis Martinelli met en scène "L'Avare" de Molière et entoure le comédien d'une troupe jeune et enjoué dans des costumes d'aujourd'hui.

C'est le grand Jacques. Pas de doute. Une énorme carcasse et une sensibilité aussi large. Abordant le rôle d'Harpagon, Jacques Weber le leste de tout le poids d'une vie qui lui a permis d'aborder tous les registres, de la comédie au drame.

Dans un décor tout de bois et presque dénué de tout meuble, avec des portes, de hauts volets qui laissent filtrer les lumières (Gilles Taschet, scénographie et Jean-Marc Skatchko pour les éclairages), Jean-Louis Martinelli met en scène L'Avare avec franchise en s'appuyant sur une troupe majoritairement jeune, comme l'exige d'ailleurs la pièce.

Disons-le, le chef-d'oeuvre possède une telle puissance qu'il se développe de lui-même et que la mise en scène, si elle est conduite sans arrogance, ne peut que réussir.
Jean-Louis Martinelli a suivi un très long chemin, mettant en scène aussi bien des classiques que des oeuvres contemporaines.
Il s'appuie particulièrement sur cette vérité que délivre La Flèche (Gilles Vajou) : "C'est l'humain le moins humain de tous les humains."

C'est la tragédie d'Harpagon : la folie de soi-même, la solitude et ce qui en est le pendant, sa férocité épouvantable notamment vis-à-vis de ses enfants.

Il y en a des pères méchants dans Molière. Pensez aux Fourberies de Scapin ! On rit beaucoup mais si l'on réfléchit aux partitions des pères, on voit qu'ils sont des ogres pour leurs enfants.
Sur l'affiche on voit bien comment Harpagon, dans son fauteuil - un des rares éléments scéniques - est littéralement rongé par son avarice, par sa folie, son refus des autres, sa solitude.
Jacques Weber trouve des accents tragiques, sans exagérer. On voit Harpagon glisser peu à peu. On le voit autoritaire, imposant - il domine toute la jeunesse - il a vidé sa maison, il rêve d'épouser une toute jeune fille que son fils aime et qui aime son fils. Il fait peur et à ce jeu là, Jacques Weber est impressionnant. Ses yeux jettent des éclairs, sa voix siffle ou tempête. Il est un Jupiter tonnant qui terrifie.

Mais et c'est en cela que cette interprétation est profonde, on devine toujours en même temps les gouffres intérieurs et parfois, on le plaindrait presque...

La Frosine de Christine Citti, est pulpeuse et rouée à souhait. Dans cette version, elle tourne de l'oeil à la fin, car ses manigances sont défaites par l'irruption du "bon" père et il y en a aussi chez Molière. Christine Citti est une comédienne très fine et qui a pris, avec le temps, une autorité qui va très bien à Frosine.
On suppose que Marion Harlez Citti est sa fille. Elle joue Mariane. Elle a du charme et de la grâce et ses hésitations lui vont bien.
On connaît bien Sophie Rodrigues, Elise. Elle est fine, déliée, très juste, touchante. Les garçons ont des partitions plus difficile qu'il n'y paraît. Le Valère de Rémi Bichet et le Cléante d'Alban Guyon, traités différemment - l'un est à la mode...- sont très bien dessinésen

Vincent Debost est un Maître Jacques qui en impose. Paul Minthe s'amuse de Maître Simon au Commissaire. C'est Azize Kabouche qui apparaît pour dénouer, en Anselme, la tragédie et faire que tout s'illumine. Un miracle comme Molière les aime. Ici, une petite surprise, clin d'oeil à la culture d'Azize Kabouche...Chut ! Le public entre dans le jeu en riant...

Jean Bouquin, le patron de ce si beau théâtre, est confiant. Il entend les enfants rirent et les adultes aussi. Le spectacle est programmé jusqu'au 2 janvier. Que les vents lui soient favorables !


   
 
LA TERRASSE

Théâtre Déjazet / de Molière / mise en scène Jean-Louis Martinelli

L’AVARE

Publié le 26 octobre 2015 -


Avec Jacques Weber dans le rôle-titre, Jean-Louis Martinelli brosse un portrait nuancé, sobre et sans fard de la maisonnée d’Harpagon, laissant voir les tristes ravages d’un rapport perverti à l’argent. Une sombre comédie…

C’est une mise en scène sobre et nette, sans artifice et sans fioriture, que propose Jean-Louis Martinelli de L’Avare, tableau nuancé à la fois drôle et affligeant d’une maisonnée malade de l’égarement de son maître, car l’avarice insupportable d’Harpagon empêche tout partage et pervertit toute relation. Ses enfants aiment pourtant, de toute la fougue de leur jeunesse, et leurs inclinations s’opposent au projet paternel, plus préoccupé de dot que d’harmonie conjugale. Rien de léger ou d’innocent dans ces jeunes cœurs, ils semblent au contraire parfois cyniques ou désabusés. Evitant tout excès et toute trivialité farcesque, le metteur en scène choisit de mettre à jour un Harpagon austère dont le malheur infini est à la mesure de son insondable avarice. Massif, impressionnant, l’Harpagon campé par Jacques Weber terrorise par ses emportements dignes d’un vieux parrain mafieux et touche par son immense solitude. Il gronde, éructe, parfois murmure, et on doit même parfois tendre l’oreille pour l’entendre. Autant sinon plus de chagrin que de méchanceté chez cet homme, réduit à voir consolation et joie dans une cassette enfouie au fond d’un jardin, dont les écus ne servent jamais à jouir de leur dépense.

Reclus en lui-même


Immense comédien, Jacques Weber, comme reclus en lui-même, souligne l’horreur de cette aliénation qui déifie la possession. Ce qui évidemment peut évoquer aussi notre époque, entre crise des subprimes et autres dérives du capitalisme financier. Jean-Louis Martinelli a choisi des costumes contemporains avec borsalinos et complets ajustés pour certains – notre héros lui demeure en chemise débraillée – afin de dépeindre cette pathologie paralysante et cet individualisme forcené. La Maison de Harpagon est un intérieur fermé et cerné de hauts lambris de boiseries claires, avec pour seul ornement un vieux miroir piqué, et pour seule lumière celle que laissent passer les persiennes. Lieu d’enfermement dépourvu de joie, peut-être ainsi désespérément endeuillée depuis la mort de la mère, la Maison d’Harpagon tout entière est sous l’emprise de l’avarice du père. Il n’est guère que Maître Jacques (Vincent Debost) pour éprouver quelque sentiment pour le vieil homme. Un romanesque invraisemblable dénoue la situation à la fin, et la joyeuse irruption de la gaieté est bienvenue, avant une troublante dernière image, tragique.
Avec une très bonne équipe de comédiens : Christine Citti interprète l’entremetteuse Frosine ; Rémi Bichet, Alban Guyon, Sophie Rodrigues et Marion Harlez Citti sont Valère, Cléante, Elise et Marianne.

Agnès Santi!

   
 
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« L’AVARE » DE MOLIÈRE AU THÉÂTRE DEJAZET DANS UNE MISE EN SCENE DE JEAN-LOUIS MARTINELLI !

Publié le 9 octobre 2015 | Par Laurent Schteiner


L’avare, cette pièce éternelle de Molière, se joue actuellement au Théâtre Dejazet dans une belle mise en scène de Jean-Louis Martinelli. Cette comédie jouée et rejouée nous gratifie toujours du même bonheur. Et découvrir la truculence et la présence scénique de Jacques Weber en Harpagon relèvent de l’immanquable !

Si Molière entend toujours régler ses comptes avec les dévots et les excès d’une certaine noblesse de cour, cette fois, il s’attache à dénoncer l’argent dans ses rapports à l’humain. « L’argent ne fait pas le bonheur » pourrait être une « lapalissade » déguisée en contrepoint du titre de cette pièce. Cette notion se distinguant d’une autre où le secret de la richesse est soigneusement tu dans cette société du XVIIe siècle. Molière eut été surpris de constater s’il vivait à notre époque que son postulat avait toujours cours dans notre société moderne.

L’action de cette pièce se déroule dans le salon d’Harpagon où les portes à stores vénitiens proposent un ensemble pertinent de lumières procurant ainsi de belles images. La mise en scène efficace de Jean-Louis Martinelli est nourrie de trouvailles intéressantes et comiques qui complètent les personnalités des protagonistes de cette pièce. Les comédiens évoluent avec justesse dans une pièce dont le rythme ne faiblit pas. Saluons la remarquable interprétation de Jacques Weber dans un Harpagon détonnant qui nous offre pour la circonstance une facette plus profonde et plus fine du personnage.
Un spectacle à ne pas rater !
Donner est un mot qu’il a tant d’aversion qu’il ne dit jamais : « Je vous donne », mais « Je vous prête le bonjour »

Laurent Schteiner

   
 
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