Image Pièces Fauteuils de théâtre
   
 
   
   
Affiche pièce Les Visages et les corps
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Les Visages et les Corps : un sang d'encre

Par Armelle Héliot le 20 octobre 2013



Les grands hommes de théâtre ont toujours su écrire. La littérature est leur matière première et, littéralement, comme ce grand peintre qui disait "la peinture s'apprend dans les musées", ils apprennent à écrire. Certains sont de véritables écrivains : Jouvet, Strehler, Vitez, Planchon. Patrice Chéreau s'est depuis toujours inscrit dans cette lignée. Cela a toujours été frappant, les textes accompagnant ses mises en scène ont toujours été ciselés, clairvoyants et beaux. Grâce à Philippe Calvario qui porte sur une scène Les Visages et les Corps, titre de l'ensemble que l'artiste avait déployé au Louvre à l'invitation d'Henri Loyrette, titre du livre d'art publié alors (Actes Sud/La Louvre). On prend encore plus la mesure de ce qu'il y a de "proustien" dans ces textes, notamment lorsqu'il s'agit de mettre son coeur à nu et de parler de sentiment...

Patrice Chéreau le disait : "Mais mon domaine aura toujours été les mots." Il le glisse au détour d'une réflexion sur "être musicien, être chorégraphe et savoir écrire des romans. Il peut m'arriver de savoir faire bouger les corps (...) Mais mon domaine...".

Il savait que ce spectacle allait être donné au Rond-Point. Une plongée dans le livre Les Visages et les Corps (pas de "cap" dans le titre du livre, mais une dans celle du spectacles : la règle des correcteurs appelle une "cap" après "le" ou "la").

Une plongée très pudique,
respectueuse. Une célébration qui prend évidemment une puissance émotionnelle particulière deux semaines après la disparition de cet être unique.

Philippe Calvario a opéré un découpage très discret, plein de tact.

On part du 19 février 2009, alors que Patrice Chéreau s'interroge : "Etre invité au Louvre ? Etre l'invité du Louvre ?" Il sait déjà qu'il répondra au cher Henri Loyrette non pas une "programmation", mais par "une pensée organisée", "des obsessions ? Le désir, la perte du désir, cette grande allégorie que le musée provoquerait, cette invitation qu'on me fait, cette volonté brutale que j'ai aussitôt de l'habiter de tous les corps qui diraient le désir et sa fin."

Et ce fut cela en expositions, théâtre, danse, musique, chant, des visages et des corps et des voix et des pas furtifs sur les planchers de bois du grand musée abandonné de ses visiteurs...La nuit. Ce fut beaucoup la nuit...

Philippe Calvario est assis à une petite table. Les lampes s'allument magiquement d'un geste. Plus tard il ouvrira les volets de cette petite salle Roland-Topor que l'on aime appeler "le grenier" du théâtre. Il ouvrira les volets sur les bruits de la ville, les lumières de la nuit qui est tombée et les refermera.
On ne détaillera pas ici tout ce qui se dit de puissant, de profond. La part des souvenirs de Patrice Chéreau : son père le conduisait au Louvre, son père peintre qui aura sa place, en cette saison 2009-2010 dans les expositions présentées dans le cadre de Les Visages et les Corps.
Justesse des notations, des descriptions. Fluidité de la phrase dans ce "journal" d'un artiste toujours au travail, d'un artiste dont la pensée est toujours active. Evidemment, on entendra le coeur serré et avec l'impression de prémonitions terribles, les mots de Patrice Chéreau.
Mais ce qui frappe le plus et qu'à la lecture, lors de la parution du livre, tout occupés que nous étions tous à nous intéresser aux "images", c'est ce qu'il y a de lucidité sur l'amour, le sentiment de l'amour qui envahit tout, par-delà la répétition hallucinante du mot "désir".
On pense à Proust. Il est aussi aigü dans ses analyses. Ses aveux : qu'un téléphone portable que l'on appelle sonne de ce son très particulier de l'Angleterre, et le venin de la jalousie envahit tout. C'est bouleversant.

Par moments Philippe Calvario se place debout, derrière un micro. Moments plus personnels mais tout aussi sobres et dignes. Ce n'était pas évident. Mais le metteur en scène et comédien, dans sa maturité, réussit cette traversée difficile.

Jamais nous n'avons le sentiment d'être indiscret.


 
   
 
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