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CATHERINE JACOB EN MADAME CLAUDE : QUEL ABATTAGE !

Seule sur scène avec une chaise pour tout décor, et une perruque platine comme costume, il n’y a que Catherine Jacob pour réussir à vous capter une heure et demie sans vous laisser consulter votre montre.
Elle commence le dos tourné, et tout de suite, on est accroché. Avec un accent parigot et des tournures d’argot, elle vous narre la vie de « Madame » qui n’était pas rigolote. Mais elle vous la narre avec tant de truculence que vous riez.
Elle interprète donc une patronne de bordel à travers les deux grandes guerres. Mauvais genre et rebelle. Mais les yeux en face des trous.
Avec des formules tordantes, elle raconte ses hommes, ses enfants, ses illuminations sexuelles… Et l’usine toxique, les traumas de la guerre, Landru, Petiot, les Allemands…
C’est à la fois Gabin et Arletty, Audiard et Ventura. Une actrice qui sait tout faire passer, sans avoir l’air d’y toucher. Le texte, très touffu, est de Rémi de Vos, et il n’a pas dû être facile à mémoriser. Catherine Jacob enchaîne trois époques, denses, intenses, avec des changements d’ambiance, elle passe de l’égrillard au sordide en se marrant avec philosophie.
La salle ne la lâche jamais, touchée par ces souvenirs qui semblent soudain si réels. Les deux guerres, c’était hier. Elle finit avec la guerre d’Algérie, sur un point d’orgue qui nous ramène sans le vouloir à nos temps modernes.
Très fort, bravo l’artiste !


 
Un Fauteuil pour l'Orchestre

Madame, texte et mise en scène de Rémi De Vos, au Théâtre de l’Œuvre


9 Novembre 2015


Madame parle cru. Madame parle dru. Madame parle l’argot. Madame a le sens de la formule qui claque et vous cloue. Madame a connu trois guerres. La boucherie de 14/18, la drôle de guerre de 40 et l’occupation, la guerre d’Algérie qu’on nommait alors « les évènements ».
Madame a bien connu les hommes. Maitresse de Landru, femme de poilu amputé, fille à mac, tenancière d’un claque. Mauvaise mère, mauvaise fille et mauvaise épouse…
Madame en rit et c’est une craie crissant sur un tableau noir. Madame se tait aussi. Confidences trouées de silence, suprême élégance pour masquer la souffrance, celle qu’on garde pour soi et qui régurgite soudain et qu’on ravale avec fierté.
« Rien n’est jamais gratuit, tout se paye, je suis bien placé pour le savoir
Superbe texte, langue verte et acide. Cet argot là c’est de la poésie qui permet de dire le pire et le cru sans détour mais avec une classe folle, celle de l’aristocratie ouvrière des faubourgs parisiens. Une gouaille de trottin canaille, d’horizontale de claque huppé. Il y a du Céline pour cette description lucide et âpre de la sale boucherie des tranchées de la « der des der ». La drôle de guerre, la collaboration, les petits arrangements, la résistance de dernière heure, les lâchetés de l’épuration de 39/40, ce pourrait être Arletty, ce pourrait être Cécile Sorel (et son fameux « fallait pas les laisser entrer » repris comme un clin d’œil ici, un hommage à ses femmes fières et libres sans compromis ni compromission).
Cet argot est un faux-nez, un pied de nez, devant le tragique d’une existence chaotique faite de rencontres, de celles qui bouleversent votre destin, vie assumée crânement, exprimée ainsi avec autant de verve que d’esprit, d’ironie lucide et blessée. C’est une langue d’une liberté folle, absolue, qui ne peut être que la langue de Madame, l’expression de sa liberté canaille, de son affranchissement des conventions et des règles.
Rémi de Vos signe ce texte débridé, franc du collier et drôlement tragique où le rire fuse avant de se figer devant l’horreur de ce qui est dénoncé…
Portrait d’une femme d’exception et portrait d’une France pas jolie-jolie. L’envers de la médaille et la droiture d’une femme libre au franc-parler, témoin des bouleversements d’une société hypocrite que le microcosme du bordel où elle officie révèle de façon sensible et violente. Rien n’échappe au regard acéré de Madame, à son ironie mordante, qui traverse et témoigne de l’Histoire d’une France bouleversée par trois guerres. Elle-même ne s’épargne pas.

Madame, c’est Catherine Jacob. Remarquable, bouleversante, drôle dans ce rôle, toujours en demi-teinte, ne forçant jamais le trait. La classe absolue jusque dans les expressions les plus crues, les descriptions les plus scabreuses qu’elle n’appuie jamais mais fait passer, effleure l’air de rien avec un naturel confondant. Elle s’empare de cette langue singulière et forte qu’elle fait sienne, qu’elle épouse et nuance avec des pleins et des déliés. Avec toujours une distance, une ironie cinglante qui semble préserver Madame de toute vulgarité, la protégeant du pire et évitant au texte de n’être qu’un enchaînement d’expressions originales, de bons mots enchaînés, d’un argot de pacotille, artifice littéraire. Ce qu’il n’est pas. On pense aux personnages d’Audiard dont elle est ici l’héritière évidente égarée dans une tragédie personnelle et nationale qui ne s’avoue pas mais dont elle n’est pas la dupe. Personnages qui par leur verve, leur forte personnalité font de cette langue argotique non une anecdote mais une matière vivante et vivace, expressive et marquante. Et quand Madame se tait, que le silence soudain envahit le plateau, c’est tout le non-dit, le poids d’une vie et de souffrance qui s’engouffre dans cette brèche. Et le rire s’étrangle. Catherine Jacob doucement tire ainsi le fil de cette vie, de cette histoire confrontée à l’Histoire, et l’emmène vers une gravité qui soudain vous arrache. Le masque tombe.
Avec Catherine Jacob, Madame est une aristocrate de la passe tarifée devenue la mère maquerelle douairière d’un bordel de la haute que souligne cette coiffure, cette choucroute élégante et quelque peu incongrue qui pourrait être ce pouf à la belle-poule propre au dix-huitième et qui fait d’elle une chroniqueuse de son siècle, en bel esprit gouailleur, comme le furent en langage châtié les mesdames de Boigne ou de Campan.

Denis Sanglard

   
 
HIER AU THEATRE

Guerre et tapin : Catherine Jacob, une Madame irremplaçable



Assise, de dos, Madame n’y va pas par quatre chemins : elle aime le sexe et ne s’en cache pas. Une mère maquerelle délurée et gourmande, aux appétits insatiables. Il n’y avait que Catherine Jacob pour pouvoir oser incarner ce personnage cash et libéré, narquois et entier. Plutôt habitué à l’écriture, Rémi De Vos franchit le pas de la mise en scène avec brio au Théâtre de l’Œuvre. Gouailleuse et pleine de verve, Madame émoustille tout en signant un portrait de femme forte embarquée malgré elle dans les épouvantes du vingtième siècle. De godiche à gourgandine, il n’y a qu’un pas. Au départ, témoignage de l’initiation à la débauche d’une jeune oie blanche qui s’ennuie les dimanches au jardin du Luxembourg et qui se distrait en donnant du pain aux canards, le monologue de Rémi de Vos se plait à surprendre puisque le premier amant de la provinciale n’est autre que Landru… Facilement envoûtée par ce gentleman élégant de façade et tueur en série de veuves fortunées, elle s’émerveille de sa baguette surdimensionnée… Elle saura bien plus tard qu’il aura eu presque trois cents conquêtes ! En mêlant d’emblée volupté charnelle et meurtres sordides, le prolifique dramaturge esquisse rapidement le destin d’une femme aux désirs contrariés par les traumas des deux grandes guerres mondiales. Ce n’est pas un hasard si son premier métier consiste à fabrique des obus dans une usine d’armement. Pas un hasard non plus si elle épouse un poilu unijambiste par miséricorde. Loin de tout didactisme, Madame fonctionne plutôt par touches impressionnistes : les conflits apparaissent en toile de fond mais restent constamment à l’esprit.

Arletty choucroute


Indéniablement, Rémi de Vos a dû prendre beaucoup de plaisir à écrire sa pièce. Le travail argotique très années cinquante sur la langue explose comme un feu d’artifice aux oreilles. On découvre sans cesse de nouvelles expressions, le parler est très fluide et ce phrasé titi se déguste comme des berlingots.
Dans un écrin rouge grenat sobre et élégant signé Othello Vilgard, Catherine Jacob évolue dans un décor d’alcôve minimaliste et trône comme la reine des tapineuses avec un bagout de diva. Choucroutée dans sa perruque gris argentée, moulée dans une robe à strass noire, elle se lance dans une introspection sans fard avec la truculence décomplexée qu’on lui connaît. Le rôle semble être taillé sur mesure pour cette Castafiore péripathéticienne attachante. Brillante idée, écrasante d’évidence, de lui avoir confié cette partition en or.
Si Madame débute par les ardeurs permanentes de Landru, le spectacle se conclut sur le docteur Petiot, un psychopathe adepte du scalpel et sur les balbutiements de la guerre d’Algérie. Une façon d’ériger Madame comme une allégorie du vingtième siècle, avec ses plaisirs et ses déroutes, sa luxure et ses catastrophes.
Coup de cœur.

   
 
TÉLÉRAMA SORTIR

Novembre 2015
Théâtre

Madame
De et par Rémi De Vos TT

Cette madame-là, prostituée de son état, et grande prêtresse d'un argot parisien entre Céline et Audiard, aura connu trois guerres 14 -18, 39 – 45 et l'Algérie.
Elle a aimé pas mal d'hommes, surtout Landru, qui l'a initiée au sexe, sans la brûler dans sa cuisinière. Trop pauvre pour lui. Catherine Jacob est magnifique de truculence et de dédain, de mélancolie et de dégoût, dans ce brillant monologue sur cinquante ans de vie française qui semble avoir été écrit pour elle.
Leçon d'histoire, leçon de vie, d'amour et de solitude. La comédienne en chignon crêpe très années 50-60, en robe de lame noir d'entraîneuse d'autrefois, finit par passer de drôlerie gouailleuse en tragédie. Celle qui se décrète mauvaise fille, mauvaise épouse, mauvaise mère, est avant tout merveilleuse actrice

F.P.
   
 
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Catherine Jacob, mère maquerelle supérieure…

11 novembre, 2015 / par Thomas Baudeau

En incarnant “Madame“, ancienne tenancière de maison close au langage argotique irrésistible, l’actrice (extraordinairement perruquée!) fait preuve d’une rigueur, d’une finesse de jeu exceptionnelles et porte haut le savoureux, drolatique, touchant portrait de femme imaginé par Rémi De Vos, auteur souvent évoqué ici, connu pour ses comédies noires, déjantées, au ton habituellement abrasif, cru, saignant, qui signe là une délectable partition, sensiblement à part dans sa bibliographie. Une malicieuse plongée dans l’histoire et les moeurs de la première partie du siècle dernier à applaudir sans la moindre hésitation au Théâtre de l’Oeuvre jusqu’à la fin décembre.

1961. Seule en scène, soigneusement apprêtée et maquillée, vêtue d’une élégante tenue noire ornée de sequins, assise devant une immense tenture de soie rouge moirée, Madame se raconte. De sa province natale à la capitale. Evoque une période difficile à l’usine, fabriquant des obus pour la Guerre de 14, puis son embauche dans un atelier de confection de sous-vêtements. Son aventure avec un certain Landru (avec lequel “au paddock c’était Versailles !“). Les deux enfants qu’elle eut d’un poilu estropié, élevés par ses campagnards de parents pour cause d’instinct maternel assez faible. Son coup de foudre pour un mac qui la mit rapidement sur le trottoir. Et puis l’entrée en maison, qu’elle compare au couvent (“une mère maquerelle, c’est comme une mère supérieure en plus maquillée…“), le second conflit mondial, le docteur Petiot, Pétain, la libération, la fermeture des bordels, à nouveau l’amour, une grossesse, De Gaulle, la Guerre d’Algérie…

Pour apprécier pleinement ce superbe monologue, exercice de style remarquablement maîtrisé, il faudrait presque un dictionnaire de l’argot parisien tant il s’en voit truffé (un lexique nous est d’ailleurs proposé dans le programme).

Si le spectateur peine à saisir la totalité des vocables usités, à présent tombés dans l’oubli, le naturel, l’évidence avec lesquels l’interprète s’en saisit lui permettent de passer outre. Jamais dans le gros trait, d’une extrême sobriété, dirigée au cordeau par le dramaturge (diction et gestuelle des plus précises), Catherine Jacob donne intelligemment chair au personnage, prenant son temps pour feuilleter les nombreuses pages d’une existence dense, hors du commun, en marge, alliant admirablement profondeur et truculence. Nous balade avec autant d’humanité, de vérité, dans la petite et la grande histoire. Tout n’est que subtilité dans le travail proposé ici.

Bravo.

   
 
FIGAROSCOPE

MADAME


18 au 24 Novembre 2015

Madame est une belle femme, habillée de noir, perchée sur de hauts talons. Madame est coiffée de manière spectaculaire et très bien maquillée. Madame est élégante. Mais dès qu ‘elle s’adresse à nous, on se rend compte que Madame appartient à un milieu particulier. Ce n’est pas une fille de la haute. Elle a dû vendre ses charmes pour vivre, mais elle a réussi puisqu’elle est devenue la patronne d’une maison close.
Rémi De Vos a écrit pour Catherine Jacob ce savoureux monologue. Il use d’une langue très inventive, souvent argotique. Une plongée dans une France pas si lointaine.
Madame a du style et de l’esprit. Elle trouve en Catherine Jacob une merveilleuse interprète. Elle connaît l’art des infimes suspens, des silences dérobés, des regards, des postures.
Pour tout appui, une chaise.
Rémi De Vos la guide intelligemment. Un très bon moment jubilatoire et drôle.

A.H
   
 
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