Image Pièces Fauteuils de théâtre
   
 
   
   
Affiche pièce Virginia Woolf
PRESSE
  QUI A PEUR DE VIRGINIA WOOLF ?
Le Monde
Les Echos
 
 
 
 
   
LE MONDE
 
 

La lutte finale de deux fauves blessés

Alain Françon tire le meilleur de la pièce d'Edward Albee « Qui a peur de Virginia Woolf ? », au Théâtre de l'Œuvre, à Paris

L'animal est partout dans les pièces du dramaturge américain Edward Albee : qu'il s'agisse d'une chèvre (celle dont le héros tombe amoureux, dans la pièce du même nom), de cochons (les hommes, en général), des étranges créatures de Zoo Story ou, évidemment, de loup, comme dans Qui a peur de Virginia Woolf ?
L'homme est bien un loup pour la femme, et inversement, dans cette étonnante pièce dont les images traînent dans notre inconscient, grâce au film qu'en a tiré Mike Nichols, en 1966, avec ces deux monstres qu'étaient Elisabeth Taylor et Richard Burton.
Mais, aujourd'hui, on la redécouvre totalement, cette pièce, grâce à la mise en scène qu'en offre Alain Françon, au Théâtre de l'OEuvre à Paris, qui la décape de ses aspects folkloriques et boulevardiers.
Dans l'affrontement de ces deux fauves que sont Martha et George ressort toute l'interrogation d'Albee sur ce qui sépare - ou plutôt ne sépare pas - l'homme et l'animal, et sur le rôle du langage dans toute cette affaire.
Qui a peur de Virginia Woolf? est d'abord une immense joute oratoire, le grand moment de théâtre que se joue un couple d'âge mûr sous les yeux médusés, puis fascinés, d'un autre couple plus jeune. Jeu de rôles, jeu de massacre, jeu de mains, jeu de vilains, jeu dè mots, jeu de séduction, jeu de pouvoir, jeu de société. Edward Albee pose ses éléments avec une science confondante, presque mathématique: dans ce qu'on suppose être une ville moyenne de province, Martha, qui est la fille du doyen de l'université, et son mari, George, professeur d'histoire, invitent Nick, le jeune enseignant en biologie tout juste arrivé, et sa femme, Honey, à boire un dernier verre chez eux.

Mise en scène au cordeau Le jeune couple va jouer le rôle du public, face à la représentation que vont lui jouer Martha et George : celle de deux êtres prêts à aller jusqu'au bout dans l'enfer d'un couple, où tout est bon pour se blesser et s'humilier. Mais, peu à peu, les masques tombent, comme il se doit. Et si les jeunes Nick et Honey n'étaient qu'un miroir à peine déformé de George et dè Martha? Et si les plus aptes à arracher les masques et à cheminer vers la vérité n'étaient pas ceux que l'on aurait cru au départ ?
Avec sa mise en scène au cordeau, qui se tient dans l'espace minimal du salon du couple, Alain Françon tire le meilleur de cette pièce vertigineuse et glaçante, où le dramaturge américain va très loin dans la lutte sans merci entre le pouvoir féminin et le pouvoir masculin, le loup et la louve, et dans l'analyse des frustrations abyssales que vivent les personnages. Cela n'empêche pas la pièce d'apparaître, à certains moments, un peu datée dans sa facture, malgré la traduction récente et très fidèle à l'original que signe Daniel Loayza. Le texte semble aujourd'hui alourdi par toute une rhétorique de la psychanalyse américaine des années 1960. Mais ce n'est pas très grave.
Qui a peur de Virginia Woolf ? est évidemment du pain bénit pour les acteurs, et Alain Françon a réuni un excellent quatuor, qui fonctionne à merveille pour jouer à la fois la dimension la plus abstraite et la plus humaine de la pièce. Julia Faure (Honey) et Pierre François Garel (Nick) donnent aux deux jeunes gens toute la dimension inquiétante que recèle leur apparente normalité. Mais c'est surtout le couple monstrueux qui retient l'attention, et il est formidable : Wladimir Yordanoff, sidérant d'humanité blessée et manipulatrice, et Dominique Valadié, la grande Valadié, qui trouve là matière à déployer tout son talent, de la perversité feutrée à la folie tragique.
Ainsi vont ces deux couples qui se jouent du mauvais théâtre, le savent, et essaient, comme ils peuvent, de faire la part entre la vérité et l'illusion. Ici, la ritournelle « Qui a peur du grand méchant loup ? » se chante sur l'air des Trois petits cochons. Of course.

FABIENNE DARGE



 
LeS ÉCHOS

Edward Albee revisité : qui a peur de Dominique Valadié ? *


« Qui a peur dè Virginia Woolf ' » Pas Dominique Valadié, en tout cas, qui se coule avec superbe dans la peau de Martha, l'héroïne de la pièce d'Edward Albee (1962) Au Théâtre de l'Œuvre, la comédienne ferait presque oublier Elizabeth Taylor, qui l‘incarna au cinéma, tant son interprétation est habitée, intense, quasi sauvage. La quinquagénaire alcoolo hystérique, fille d'un président d'université américaine, qui s'adonne a de drôles de jeux de massacre avec son man prof est un personnage en lui même imprévisible Le grand art de I actrice française - par-delà sa technique sans faille - est de parvenir a nous surprendre a chaque instant dans ses colères comme dans ses joies, ses phases de douceur ou de résignation fugaces En équilibre périlleux sur un fil de violence et de passion, elle progresse sans jamais vaciller jusqu'au bout du drame. Face a elle, Wladimir Yordanott, qui joue le rôle du mari, fait mieux que lui donner la réplique : il maintient en suspens, avec une mordante ironie, le bras de fer conjugal, jusqu'à paraître I’emporter au final, en transgressant brutalement les règles du jeu. Julia Faure (Honey) et Pierre-François Garrel (Nick) incarnent avec justesse le jeune couple invité manipulé, tous deux témoins affligés puis acteurs non consentants de leur scène de ménage. II fallait le talent d'Alain Françon pour diriger avec une telle précision, ce précieux quatuor, gommer les références trop appuyées a l'Amérique des sixties, dépasser le vrai-faux naturalisme de la pièce. Dans le décor stylise de Jacques Gabel - un salon fantôme - et les lumières oniriques de Joël Hourbeigt, le metteur en scene orchestre un match a haute tension, ou l'amour mort, les ambitions déçues et la vanité des hommes se court-circuitent en une succession de noires décharges.

Fable fantastique
Françon sert Albee en mettant en relief l'ambiguïté des personnages, le flou des sentiments qui les lient, la frontière évanescente entre réalité et mensonges (quid de ce fils mystérieux dont on ne doit parler qu'en prive ?). Cette « nuit de Walpurgis » qui a commencé entre « Rires et Jeux » et finit sur un « exorcisme » est traitée comme une fable fantastique, voire absurde. Avec ses côtés exacerbés, névrotiques, son humour noir et sa rage électrique, le « Virginia Woolf » de Françon évoque le cinéma de Cassavetes. Loin du vaudeville et du boulevard, l'hyperdrame conjugal d'Albee nous laisse tout étourdis, avec un goût d'amertume, de désespoir et de folie.

Philippe Chevilly


   
 
Bouton haut de page  

(SIC) SCÈNE INDÉPENDANTE CONTEMPORAINE - 3 rue Cunin-Gridaine - 75003 PARIS
Tel : 01 42 66 32 42
Conception & réalisation Adragante : www.adragante.com