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PRESSE
  LA VERSION DE BROWNING
Figaro
LES ECHOS
CANARD ENCHAINÉ
 
 
 
 
   
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Par Armelle Héliot


Le cœur est un chasseur vraiment solitaire

Un salon tendu d’un tissu un peu défraichi, quelques sièges, un paravent, un petit bureau. Nous sommes, en 1948, dans l’appartement de fonction d’Andrew Crocker-Harris, professeur de lettres classiques, passionné de tragiques grecs. C’est la fin de l’année scolaire. C’est également la fin de son travail dans cette public-school assez huppée. Crocker-Harris (Jean-Pierre Bouvier) quitte son poste. On est à la veille de la remise des prix, de la cérémonie des adieux, des passages de relais.
C’est un homme étrange, littéralement noué sur lui-même, regard caché derrière d’épais verres, noyé dans sa toge noire. Il a convoqué un élève pour une ultime leçon et c’est cet adolescent, Taplow (Thomas Sagols), qui surgit le premier, tendu car il ne sait toujours pas s’il passera dans la classe supérieure. Dans cet espace qu ‘éclairent les lueurs d’une fin d’après-midi vont se croiser les « acteurs » d’un drame qui s’impose, sans effets, comme aussi puissant que certaines pièces de Strindberg. Ainsi, que comprendre aux relations de Crocker – que ses élèves, qui le craignent et le moquent, surnomment Croquinol (crock en anglais, « vieux croûton ») – avec sa femme ? Ils n’ont pas d’enfant et, avec son visage dux, Millie (Marie Bunel) apparaît vite comme une femme frustrée qui méprise son mari, le torture même et souffre parce que son amant, collègue de son mari, Frank Hunter (Benjamin Boyer), se défausse. Passent aussi le directeur (Philippe Etesse), le jeune enseignant qui va remplacer Crocker (Nikola Krminac) et son épouse (Pauline Devinat), pressée d’emménager…
La pièce de Terence Rattigan (1911-1977) a par deux fois inspiré des films. L’un d’Anthony Asquith, en 1951, avec Michael Redgrave, l’autre de Mike Figgis, en 1994n avec Albert Finney. Patrice Kerbrat, qui a traduit et met en scène la pièce révélée il y a onze ans par Didier Bezace, s’appuie sur une remarquable distribution. Chacun est d’une subtilité profonde, distillant les dialogues au couteau et la cruauté terrible de l’œuvre dont le titre évoque la traduction de l’Agamemnon d’Eschyle par Robert Browning. Taplow offre ce livre au professeur humilié qui souffre du cœur.
N’en disons pas plus. On rit parfois, on suffoque souvent. On est au plus profond de l’humain. Un travail magistral et une interprétation bouleversante de Jean-Pierre Bouvier.



 
LES ECHOS
art & cutture
Le Poche-Montparnasse à la mode anglaise


« LaVersion Browning » de Terence Rattigan (1948), présentée au Poche-Montparnasse en ouverture de saison, est résolument « old school » - une vraie pièce anglaise, efficace, caustique et cruelle à la fois Elle a pour héros un vieux prof de lettres anciennes contraint de quitter son poste pour raison de santé et qui, la veille de son départ, est confronté à ses échecs son impopularité auprès des éleves, la mesquinerie de son directeur et les trahisons de sa femme, avec laquelle il cultive une relation d'amour-haine moins profonde et perverse que « The Servant », qui a triomphe l'an dernier ici même, elle devrait néanmoins séduire un large public, dans l'adaptation solide et élégante proposée par Patrice Kerbrat. Le metteur en scène assume le côte « vintage» du texte et se concentre sur le jeu fatal d'humanité blessée, de rancœurs et d amertume des personnages Fin directeur d'acteurs, il a réuni une troupe de comédiens de haut vol et offert au grand acteur qu'est Jean-Pierre Bouvier un défi à sa mesure Le comédien brille dans le rôle à la fois monstrueux et douloureux de Crocker-Harris, le vieux prof. Roi Lear sans royaume ni descendance, il erre dans son logement vieillot, perdu dans la lande de ses sombres pensées diminué par la maladie, il retrouve de sa superbe dans des instants fugaces ou se mêlent humour froid et bravade. Tour à tour drôle et bouleversant plus « british » qu'une salle des profs de « public school », Bouvier est exceptionnel.

Aphrodite et Hécate

Marie Bunel (Millie son épouse) lui donne avantageusement la réplique D'éclatante séductrice elle se meut en femme rageuse et aigrie : ses sourires enchanteurs deviennent grimaces - Aphrodite se métamorphose en Hécate Dans ses moments odieux, elle parvient tout de même à nous toucher par l'expression désespérée de sa solitude. On retiendra aussi l'interprétation espiègle et émouvante de Thomas Sagols qui revêt l'uniforme de l'éleve Taplow. Verdict ce spectacle de belle facture offre un moment plaisant - une bonne soiree de theatre « Brexit »

Ph. C.

   
 
CANARD ENCHAINÉ
 

Politiquement correct

La version Browning

CURIEUSE expérience : tout au long de cette pièce, on est suspendu à une voix, une seule, celle de Jean-Pierre Bouvier, qui joue un vieux prof de grec éhontément trompé par sa femme, détesté par ses élèves, méprisé par le directeur de son établissement (qui s'apprête à le virer) et miné par une maladie cardiaque.
Ecrite en 1948, cette pièce de Terence Rattigan, adaptée et mise en scène par Patrice Kerbrat, est très anglaise - cruelle, cinglante, méchamment drôle. Dans l'appartement de fonction du prof, on voit défiler sa (mé-chante) femme, un potache, l'amant de sa femme, le directeur, le jeune couple qui va bientôt investir les lieux. Mais on reste suspendu à la voix du prof. Un feulement plutôt qu'une voix. Un souffle. Un râle d'agonisant.
Tous les comédiens sont en place, et justes, et Bouvier aussi. Mais cette voix ! Manifestement, il l'a fabriquée pour ce rôle d'homme au bout du rouleau. Elle dit tout.
   
 
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